Creed : La boxe dans le sang

Ryan Coogler s’est fait remarquer avec son premier film, Fruitvale Station, à Sundance en 2013. Le long-métrage suit les dernières heures d’Oscar Grant abattu par un policier à une station de métro. Un film sociétal fort, un premier coup de poing qui marque la première collaboration entre le réalisateur et Michael B.Jordan, acteur qui va incarner le fils illégitime d’Appolo Creed et héros de cette suite à la saga consacrée à Rocky Balboa.
Considéré comme un spin-of, Creed est à prendre comme une suite directe au Rocky Balboa de Sylvester Stallone produit en 2006. La volonté de ce nouveau film est à mettre au crédit de Ryan Coogler lui-même. Sylvester Stallone et les producteurs emblématiques de la saga, Irwin Winkler et Robert Chartoff, n’avaient aucunement l’intention de la relancer. Le jeune réalisateur a directement contacté Sylvester Stallone avec l’envie de se pencher sur le destin d’Adonis Johnson. Il en fallait peu pour captiver ce bougre de Stallone surpris et intéressé par la vision du réalisateur âgé seulement de 30ans. Avec son feu vert, back to Philadelphia.

Adonis est un gamin de la rue. Bagarreur, il atterrit dans une maison de redressement avant d’être recueilli par la femme de son père biologique. Il est un Creed, mais illégitime, né d’une union extra-conjugale de l’ex-grand champion poids lourd de Boxe.
Quelques années plus tard, Adonis participe à des combats illégaux au Mexique dans des rades malfamés. Il gagne grâce à une force hors du commun, mais manque de techniques. Il ne trouve pas sa place, notamment dans le club emblématique de son père, avant de filer à Philadelphie. Là-bas, il trouve la bonne épaule de Rocky qui va l’entraîner et l’aider à progresser.
On reprend les mêmes ou presque et on repart surfer une vague d’émotions intenses. Ryan Coogler arrive à relancer la saga Rocky tout en inscrivant en grosses lettres le nom du nouveau combattant qu’est Creed. Adonis interprété par Michael B.Jordan, acteur fétiche de Coogler après Fruitvale Station et avant Black Panther. Comme une évidence de voir Jordan être le digne héritier d’Appolo Creed, mais surtout de permettre un troisième souffle à la saga Rocky. Il est l’image idéale dans la conquête d’une nouvelle génération, les chiffres aux box-office ne nous feront point mentir. Creed est une réussite artistique avant d’être un succès public. Le film impose définitivement le talent inné de Ryan Coogler. Creed fait preuve d’une maturité insolente explosant une envie palpable à inscrire un nouveau chapitre à cette saga mythique, mais surtout de continuer d’en faire du cinéma. Ryan Coogler donne l’essence urbaine nécessaire cumulant style, musique et sport au cœur d’un destin à l’amorce complexe. Creed n’est jamais un copier-coller opportuniste ni la référence envers une cinéphilie certaine. Le film est un hommage, mais surtout un nouveau chapitre distinct.

Creed aurait pu être le gamin d’un riche boxeur à la vie trop facile. La suite aurait pu très bien être l’histoire de Robert, fils Balboa ou d’un petit fils. Le fan est donc pris à contre-pied, les attentes sont déjouées pour mieux nous ravir avec ce destin d’un «bâtard» au sang chaud. Il a besoin d’exprimer avec ses poings, et ce depuis sa tendre enfance. Il est le représentant direct des Creed, s’en cachant en premier lieu avant d’assumer son héritage.
L’héritage lourd derrière deux figures braves de la boxe fictive. Dans le film, il sera «Baby Creed» avant de gagner son nom sur le ring. Il y a comme un bis-repetita, c’est logique avec l’héritage des histoires précédentes. Malgré le fait de lancer le nom Creed, Ryan Coogler respecte les codes de la saga. Totalement libre, mais respectueux de l’essence émotionnelle inhérente aux différents longs-métrages, le jeune réalisateur assume et assure en ravivant la flamme. Quelques références (la chasse aux poules) et cette ville, Philadelphie, le berceau de la hargne d’un grand benêt défié à l’époque par facilité. Ce qui libérera l’esprit d’un grand champion qui, aujourd’hui, se place dans la transmission de son savoir et son courage, ce que Stallone s’était évertué à faire trop tôt avec Rocky 5.

Rocky est toujours aussi présent, et bien présent, dans ce nouvel opus. Il doit mener un nouveau combat face à la maladie. Celle-là même qui lui volé Adrian et Paulie. Il lui faut alors chercher la conviction pour lutter, soutenu par sa famille dont le jeune Creed s’est greffé. On regrettera donc l’oubli du fils de Rocky. Où est passé Robert, même pour une petite apparition ? Creed a tout l’espace nécessaire, comme un fils prodigue, future perspective d’un champion, le digne héritier de Rocky Balboa et d’Appolo Creed. Imaginez un boxeur combinant les aptitudes des deux champions ? Le fait de ne pas savoir où la saga va aller est en soi palpitant. On guette d’être surpris par cette vague d’émotion que seule la série peut provoquer. Creed, la nouvelle génération de champion prêt pour le gong d’un nouveau round. Après le direct gauche de Balboa, voici le droit direct de Creed nous mettant K.O face à cette réussite totale ravivant la flamme que l’on pensait perdue depuis 10 ans.

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