Monsieur : Les règles du jeu.

Monsieur est un film qui transcende les normes sociales indiennes. Mais pour ne pas froisser, Rohena Gera met en scène une rom-com feel-good à l’image de Qui Vient diner ce soir ? Il y a 50 ans, le cinéma américain se battait contre le racisme dans sa société (combat toujours en cours). Aujourd’hui c’est au cinéma indien de lutter contre une autre forme d’oppression, celle de l’opposition des classes. Le combat est de tous et partout le même. Il s’inscrit dans toutes les sociétés, la France n’échappant pas à ce bras de fer, exemple fait des films de Stephane Brizé, En Guerre ou La Loi du Marché

Chaque société, son problème, même si en Inde, cela est devenu une norme, un fait établi. Il faut alors que les enfants partent étudier en Amérique pour revenir se faire une raison. Ce qui s’est produit pour Rohena Gera qui s’est ouverte à une autre société, portant son regard sur les relations entre chacun. Elle transmet cela à son personnage de «Monsieur». Ashwin est un fils de bonne famille ayant fait ses études aux États-Unis. Il revient au pays pour travailler avec son père et se marier. Mais le mariage est annulé sans que l’on en sache réellement les détails. Juste que c’est du fait du jeune homme.
Ratna est la domestique de Monsieur, mais aussi du couple. Le film éclaircit parfaitement cette perspective d’une jeune génération ouverte sur le monde qui se confronte aux conventions d’une société indienne statique. Les hommes étudient pour une émancipation possible vis-à-vis des parents, mais finalement à leur retour, c’est un mariage et un poste arrangé qui les attend. D’où Ashwin brisant les chaînes d’un mariage arrangé et qui perd pied.
Ratna est une jeune veuve qui travaille comme servante pour subvenir aux besoins de sa famille. Elle paye les études de sa sœur tout en souhaitant réussir à devenir couturière. Mais les veuves sont mal considérées là-bas. Leurs vies sont finies à la mort de leurs maris. Le sien est mort seulement 4 mois après l’union. Elle travaille donc loin de son village pour avoir un semblant de liberté. Ratna a même plus de liberté par rapport à son patron. Lui est pris par les tourments familiaux et son entourage. Tous les regards sont portés sur lui, les questionnements aussi, son choix ayant choqués un entourage conformiste superficiel.

On sent bien que le but premier de Rohena Gera n’est pas l’histoire d’amour, mais le parcours des deux personnages que tout oppose. Ce genre d’histoire est rare, voire inexistante là-bas. Bien au contraire, les relations sexuelles entre employeurs et employés sont toujours des rapports cachés sous ascendant ou non consentis. Monsieur agit alors comme un Pretty Woman, le fantasme de deux mondes que tout oppose va cohabiter, se découvrir et s’effleurer. Cela prend du temps, on sent la réalisatrice hésitante, ne sachant pas comment aborder le fil de cette relation. Elle y va à tâtons, laissant les personnages s’apprivoiser. L’homme cherche le réconfort et le point de vue d’une femme, elle, tombe amoureuse d’un autre style d’homme. Il est moderne et ouvert, elle n’a connu que la rudesse des Indiens de la campagne. Ashwin est comme à part par rapport aux autres hommes mis en scène dans le film. Le patron couturier, l’ami de Monsieur, son père, etc., il y a comme deux mondes et Ratna est prise entre les deux.

Monsieur est un premier film doux, intéressant et interrogateur. S’il hésite longtemps avant de mettre les pieds lourdement dans le plat, il a au moins le mérite d’ouvrir la pensée et de lancer le dialogue. On est curieux de ressentir les tumultes d’un tel film à sa sortie en Inde et voir si les choses changeront. Il y a comme une naïveté dans l’air, cette histoire d’amour en l’occurrence, belle et curieuse.

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