Les Arcs Film Festival : 10e édition !

Les Arcs Film Festival fête leur dixième anniversaire. Pour ce grand événement, nous prenons l’air frais de la montagne pour passer quelques jours sur place. C’est une première pour nous, apprivoisant les lieux avec son lot d’habitués qui viennent depuis quelques années se détendre après une dure année de labeur, mais surtout voir des films. C’est qu’il y a énormément de sections et une sélection exhaustive de longs-métrages européens. L’occasion pour nous de découvrir un pêle-mêle des sorties pour le premier semestre 2019. 

L’arrivée sur les terres savoyardes ne se sera pas faite sans heurts. Quelques changements, les tribulations d’un directeur de rédaction sur un chemin de traverse pas forcément commode. On se dirige comme l’on peut, en suivant les groupes ou osant avec assurance demander notre chemin. Bref, 5 heures de voyages avec un TGV, un TER et une navette de bus avant d’arriver à bonne station : Les Arcs 1950.

Les Arcs 1950

Un voyage harassant, tel qu’il nous faudra une bonne sieste après avoir posé les valises. Pauvre de nous en Savoie pour couvrir le festival, mais surtout fort fatigué. Heureusement on s’aperçoit rapidement que le planning est light niveau projection. Beaucoup de films, mais peu de séances, donc aucune possibilité de rattrapage. Tant pis, on rattrapera sur Paris au moment venu.Après cette sieste bienvenue et réparatrice, nous commençons notre périple avec une première projection : C’est ça l’amour de Claire Burger avec Bouli Lanners. L’histoire d’un homme qui supporte le départ de sa femme et la charge de ses deux filles en pleine crise d’adolescence. Un film simple sur la séparation, le poids de la famille, mais l’amour entre chaque être, les connexions et les besoins de chacun. Un film de respiration, celui de la metteuse en scène, sans génie, sans chichi, le film existe par sa posture brute et singulière. Bouli Lanners y trouve un beau rôle, bien dirigé, l’acteur ayant parfois le défaut de cabotiner. C’est ça l’amour est prévu en salles le 27 mars 2019.

C’est ça l’Amour – Bouli Lanners

On reste tranquillement dans la salle pour découvrir un second film, La Miséricorde de la Jungle de Joël Karekezi avec Marc Zinga et Stephane Bak. Le film est prévu en salles pour avril. On y suit le sergent Xavier, héros de guerre rwandais, et le jeune soldat Faustin, qui perdent la trace de leur bataillon, en pleine deuxième guerre du Congo. Perdus dans la jungle, les deux hommes vont devoir faire preuve d’entraide et de courage pour survivre aux Rebelles, à l’armée congolaise, mais surtout face à la nature. Classique, pétrie d’envie servie par deux acteurs investis et talentueux, La Miséricorde de la Jungle ne révolutionnera pas le genre «survival», mais pose un regard intéressant sur une guerre méconnue par un grand nombre. L’arrière-plan est finalement plus important que ce qui se joue face à nous, la survie classique de deux soldats en territoire ennemi.

La Miséricorde la Jungle – Marc Zinga / Stephane Back

Après une bonne nuit de sommeil, mercredi s’attaque avec force. On découvre à 9 heures et en privilégié, le nouveau film de Rodrigo Sorogoyen, El Reino. Point la peine d’en parler à nouveau ici, la critique étant déjà publiée. On vous dirige donc vers celle-ci, le lien étant bien sûr intégré. Par contre, on peut vous rappeler le contexte et l’histoire passionnante et accrochante de bout en bout. El Reino suit Manuel Goìmez Vidal (Antonio De La Torre) un homme politique apprécié et reconnu. Alors qu’il est en passe de devenir le futur président de son parti, un scandale de corruption et de détournement de fonds publics inculpant un de ses amis les plus proches éclate au grand jour. Manuel se retrouve alors confronté à une multitude d’affaires qui vont le précipiter dans un engrenage infernal… El Reino sortira en salles le 10 avril prochain.

L’animale de Katharina Mückstein.

Ensuite, juste le temps de rentrer pour repartir découvrir L’Animale de Katharina Mückstein. L’histoire de Mati qui a du mal à se situer dans sa sexualité. Elle tombe amoureuse de Carla, fille pleine d’assurance, quand l’un de ses meilleurs amis lui avoue ses sentiments. Pendant ce temps-là, les parents de Mati vivent un bouleversement de couple. Le film ne se positionne jamais réellement. On erre face aux questionnements et aux envies de Mati, quand son père ne sait plus qui il est et sa mère ne trouvant plus sa place dans cette famille distendue. Un film lourd, sans réelle saveur, ni la moindre perspective claire de la part de la réalisatrice autrichienne. On sort comme soulagé de la séance.Pour tomber sur une tempête de neige qui s’abat sur les montagnes savoyardes. De 1800, on réussit avec la navette à rejoindre Arcs 1950 juste à temps pour l’expédition en luge vers l’Igloo. Un périple de nuit à pieds puis en télé-ski sublime surveillé par les imposants monts environnants. L’Igloo, endroit réservé par Blue Efficience pour fêter leur dix ans. Une date anniversaire pour une soirée cosy sympathique. Blue Efficience s’évertue depuis des années à combattre le téléchargement et le piratage avec des solutions simples et pédagogiques. La société apporte des solutions neuves et efficaces. Dix ans de création pour le bien-être du cinéma dans sa globalité, un partenariat avec le festival qui se fête dans les hauts sommets pour un véritable moment rafraîchissant, au cœur d’un endroit atypique où des sculptures de glace lorgnent les parois donnant un cachet fantastique à cet igloo surprenant.

La descente vers 1950 se fera plus silencieuse. Le noir cache nos pas qui s’enfoncent dans la neige généreuse. Le groupe se sépare et on part dîner avant la grande soirée quizz organisée par SensCritique. Une soirée personnelle et amusante où les pénis d’acteur en gros plan avaient bien trop leurs places pendant que Michel Blanc payait ses tournées de shot !

Après un petit-déjeuner professionnel, on attaque la montée vers la projection d’Only You réalisé par Harry Wootliff. Une première française où l’on retrouve Laia Costa, aperçu cette année dans Piercing, mais révélée par le film allemand, Victoria il y a 3 ans déjà. Le film suit la rencontre et l’amour passionnel entre Elena 35 ans et Jake 26 ans. Le combat face à la différence d’âge puis celui d’avoir un enfant. L’amour mis à rude épreuve pour une romance classique, mais belle. Deux beaux acteurs nous menant avec saveur dans une romance complexe, car tous les deux étant un peu abîmés par la vie. Dure sera pour le film de se faire une place en France, mais on vous invite à le découvrir dès que possible.

Only You avec Laia Costa

Juste le temps pour nous de retrouver l’appartement pour bosser et dévorer un petit encas avant de redescendre à 1800 pour découvrir Smuggling Hendrix. Un premier long-métrage de Mario Piperides en compétition pour cette 10e édition. L’histoire d’un homme largué en pleine Chypre traversant une crise financière. Coupée en deux avec les gouvernances de la Grèce et de la Turquie, il va tout faire pour récupérer son chien fugueur vers la Turquie, l’homme se confrontant aux lois diplomatiques et aux réglementations absurdes de l’Union Européenne qui énoncent qu’on ne peut pas «importer» un animal d’un territoire non-européen sur un sol «grec». Une péripétie engageante et assez joyeuse face à l’absurdité du monde ambiant. Le film a des airs de comédie française se déroulant pendant l’occupation, le chien subissant les divers trafics locaux et le héros devenant enfin un homme responsable. Un film qui parle de l’identité des Chypriotes spoliés de leurs biens en faveur des Turcs, de l’identité d’un pays éclaté et en souffrance. Une belle proposition pas dénuée de défauts, mais divertissante et rafraîchissante au cœur d’une vaste sélection de films.

Smuggling Hendrix de Mario Piperides

Un petit tour à Chypre puis nous revoici dans la navette pour rejoindre les hauteurs pour partir dans l’espace. Aniara, film suédois de Pella Kagerman et Hugo Lilja, nous emmène dans les étoiles avec un vaisseau gigantesque transportant le reste de la population mondiale vers Mars devenu habitable. Mais suite à un incident, le vaisseau dévie de sa trajectoire… Aniara ne fait jamais dans la subtilité avec ce vaisseau comme effigie de notre Terre détruite où l’humain retrouve les joies de la superficialité et de la consommation. La volonté pour les deux réalisateurs de faire un 2001 qui se greffe au Zombie de George Romero avec la claustrophobie et la folie de The Divide de Xavier Gens. Un film pesant plein de maladresses, mais qui a le don d’une ambition engageante et un message écologique fort. Un film misanthropique qui suscite la peur, l’oppression d’un futur possible pour des humains n’ayant toujours pas appris de leurs fautes. Dramatique. Une nouvelle fois, on squatte la salle des Sommets pour enchaîner avec Son Travail de Nikos Labôt dont c’est le premier long-métrage. Le film se déroule à Athènes de nos jours. Panayiota est une femme au foyer dévouée à son mari et ses deux enfants. Elle est illettrée, mais pour la première fois de sa vie, elle doit prendre un travail pour faire subsister sa famille. Ce travail sera l’émancipation d’une femme…Une belle réussite que ce premier film adroit et juste pour un beau portrait de femme. Ce que l’on a vu de plus beau depuis le Fatima de Philippe Faucon. Un film grec conscient des maux de la société et des conséquences de ce système d’exploitation autorisé et prisé par les grands groupes envers un peuple pauvre et aux abois. Cette soirée de jeudi ne sera pas des plus joyeuses. Un cinéma nécessaire pourtant pour éveiller les consciences, mettre des images sur le monde impitoyable dans lequel nous vivons.

Styx – Susanna Wolff

Le vendredi matin ne sera pas des plus joyeux non plus. Mais nous aurons le mérite de pouvoir en parler avec le réalisateur du film que nous découvrons, ainsi qu’une députée européenne présente pour un ciné-débat autour du film, Styx. L’histoire d’une urgentiste qui prend la mer direction l’Île de l’ascension au bord de son voilier. Mais en cours de route, elle tombe sur un chalutier dérivant avec à son bord des dizaines de migrants mourants. En souhaitant les sauver, elle va se confronter à des autorités lâches promettant de l’aide pour mieux laisser mourir les migrants n’en souhaitant pas la charge. Styx est l’un des grands films découverts pendant cette 10e édition des Arcs. Un film fort et crucial dont on reviendra pour sa sortie en salles en avril. La critique est prête, vous pourrez la retrouver d’ici quelques semaines. On vous laisse donc patienter, mais sachez juste que Styx est la première claque de cette future année cinéma 2019. À voir obligatoirement ! 

M de Yolande Zauberman

Le temps de repartir vers la salle des Festivals pour découvrir M de Yolande Zuberman. M comme Menahem qui dans ce film, tel un document brut, va faire tomber les institutions juives orthodoxes avec la révélation des différents viols commis par les rabbins et autres grosses têtes sur les enfants de la communauté. Un film sans fards hurlant un cri d’alarme sur une situation pourrie, des enfants subissant les attouchements d’un microcosme religieux violent et pervers. Un film fort qui divise, ne peut laisser indemne. Il crée le malaise se regardant avec difficulté. Un film noir sans saveur qui promène son spectateur dans Bnei Brak, capitale mondiale des Juifs Orthodoxes, au gré des notes fortes de Jazz. M est un film extrême qui provoquera des sursauts, confrontant son spectateur face à l’horreur de jeunesses abusées et mortes. 

Arcs Film Festival – Cérémonie de Clôture

Nous abandonnons le sommet sur ses notes pour le retrouver peut-être l’année prochaine. Le temps de rejoindre la cérémonie de clôture. Une soirée classique dont on commence à avoir l’habitude. Son lot de remerciements et les remises de prix dont vous retrouverez ci-dessous le palmarès complet de cette 10e édition événement des Arcs Film Festival. Ce qui nous intéresse ici est la découverte en première française du Mystère Henri Pick par Remi Bezançon qui adapte un roman de David Foenkinos. L’histoire d’une éditrice aux dents longues qui découvre un roman dans une bibliothèque qui recueille les manuscrits refusés par les éditeurs. Le texte, signé Henri Pick, devient un best-seller. Pourtant, ce pizzaïolo breton décédé deux ans plus tôt, n’aurait jamais lu de livre ni écrit autre chose que sa liste de course… Un mystère qui fera les joies de France 2 adepte de ce schéma scénaristique pour ses vendredis soir. Mais le film de Remi Bezançon bénéficie d’une musicalité qui entraîne le spectateur au cœur d’une enquête pédagogique et haletante. Le talent des acteurs aidant beaucoup, notamment Fabrice Luchini en Bernard Pivot frondeur et une Camille Cottin charmante et engagée. Une belle réussite de divertissement qui fera la joie des spectateurs pour sa sortie au printemps 2019. 

Le Mystère Henri Pick – Fabrice Lucchini / Camille Cottin

C’est sur Le mystère Henri Pick que notre aventure aux Arcs Film Festival se conclut. Une découverte joyeuse et fêtarde, des promesses de cinéma et des grandes découvertes grâce à une sélection intelligente et engagée. Nous avons partagé quatre jours d’un festival ample et riche. Des rencontres formidables, un partage quotidien et des enseignements nombreux pour notre retour sur Paris. Juste le temps de fêter la fin d’année, se reposer et repartir sur de nouvelles bases pour donner une suite à cette aventure aux Arcs Film Festival.

Palmarès :

Le jury, présidé par le réalisateur suédois Ruben Ostlünd, accompagné de Charlotte Le Bon

(comédienne, plasticienne), Łukasz Żal (chef opérateur polonais), Clémence Poésy (comédienne), Jean-Benoît Dunckel (Air), Alex Lutz (comédien et réalisateur) et Jasmila Zbanić (réalisatrice bosniaque) a décerné 6 prix :

La Flèche de Cristal, en partenariat avec France Télévisions qui offre une campagne digitale d’une valeur de 20 000 euros, a été remise à C’EST ÇA L’AMOUR de Claire Burger, qui sortira le 27 mars 2019, distribué par Mars Films.

• Le Grand Prix du Jury a été attribué à JOY de Sudabeh Mortezai, vendu par Films Boutique.

• Le Prix d’interprétation féminine a été attribué à EMELIE JONSSON dans Aniara de Pella Kågerman & Hugo Lilja, distribué par Kinovista.

• Le prix d’interprétation masculine a récompensé le comédien BOULI LANNERS dans C’est ça l’amour de Claire Burger.

• Le prix de la meilleure musique originale, doté de 1000 euros par la SACEM, a été attribué à BERNHARD FLEISCHMANN pour L’Animale de Katharina Mückstein, distribué par e-cinéma.com.

• Le prix de la meilleure photographie a été décerné à ARI WEGNER pour In Fabric de Peter Strickland, vendu par Bankside Films.

Le prix du Public a récompensé SMUGGLING HENDRIX de Marios Piperides, vendu par The Match Factory.

Le prix de la Presse, décerné par un jury présidé par Sabine Gorny (France 3), accompagnée de Marjorie Adelson (Europe 1), Raphaël Clairefond (So Film), Christophe Narbonne (Première), Théo Ribeton (Les Inrockuptibles), Perrine Sabbat (Grazia) et Frédéric Vandecasserie (Sud Presse) a été remis au film de Claire Burger, C’EST ÇA L’AMOUR.
Une mention spéciale a été décernée à ANIARA de Pella Kågerman & Hugo Lilja.

Le jury du prix 20 Minutes d’audace, composé de journalistes de la rédaction et d’une lectrice cinéphile, a tenu à récompenser IN FABRIC de Peter Strickland, dont la mise en scène audacieuse est au diapason de son scénario, l’histoire d’une robe de soie écarlate aux pouvoirs maléfiques. Et à féliciter un réalisateur qui tisse, film après film, une oeuvre singulière et prometteuse dans sa façon de rendre hommage au cinéma fantastique tout en essayant d’en réinventer les codes.

Le prix Cineuropa, doté de 5000 euros de promotion sur le site au moment de la sortie dufilm, a été remis au film ANIARA de Pella Kågerman & Hugo Lilja.

Le prix du Meilleur court-métrage, décerné par un jury présidé par Ramzy Bédia (réalisateur, comédien), accompagné de Tiphaine Daviot (comédienne), Antoneta Kusijanovic (réalisatrice et scénariste croate), Félix Moati (réalisateur et comédien), Danny Lennon (programmateur) et Julia Piaton (comédienne) a été attribué à THE GIRL WITH TWO HEADS de Betzabé Garcia.
Prix doté d’une pleine page de publicité (valeur 6 700 euros) ainsi qu’une bannière pendant deux semaines sur le site de Transfuge d’une valeur de 5 000 euros.
Une mention a été décernée à BONOBO de Zoel Aeschbacher.

Les lycéens de Bourg Saint Maurice, Albertville et Chambéry ont remis le prix du Jury Jeune au film de Malgorzata Szumowska, MUG distribué par E-Cinéma.
Une mention a été décernée à ANIARA.

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