L’Homme Fidèle : Un cinéma fantasmé.

Après Les Deux Amis, Louis Garrel se focalise sur L’Homme Fidèle. Il incarne une nouvelle fois un «Abel» tout en ne se donnant point le premier rôle, malgré le fait qu’il soit au centre de toutes les attentions du film. L’Homme Fidèle, c’est lui entouré de femmes plutôt versatiles, jamais sûres de leurs choix en termes d’hommes. Les femmes chez Louis Garrel sont toujours perdues, en chute libre avant de se raccrocher à une branche pour percevoir une perspective claire dans leurs vies de femmes.
Il y a beaucoup de sexualité dans les films de Louis Garrel, ou plutôt de fantasmes. Les personnages et plus directement les femmes fonctionnent aux fantasmes. Golshifteh Farahani dans la séquence de l’église dans Les Deux Amis, ou Vincent Macaigne pendant tout ce même film fonctionne sur le fantasme d’un amour avec cette même Golshifteh Farahani. Dans L’Homme Fidèle, le fantasme est Louis Garrel face à sa nouvelle muse (et femme) Laetitia Casta, mais surtout face à Lily-Rose Depp. 

Louis Garrel en homme trompé dès la première séquence où il dégringole ensuite les escaliers de façon burlesque et en hors-champs pour finalement retomber sur ses pattes dix ans après. Paul, celui qui lui avait volé sa petite amie, est mort. Une crise cardiaque en plein sommeil. Abel décide alors de reconquérir Marianne. Mais les choses ont changé : Marianne a un fils, Joseph, et sa tante, la jeune Ève, a grandi. Et ils ont des secrets à révéler…
Un court synopsis pour un film au long-court. Des échanges amoureux, des liens directs dans le cinéma de Louis Garrel, mais tout cela ne racontent pas grand-chose. Ça tourne en rond dans une certaine mélancolie joyeuse. Chacun se joue de l’autre, se vole, s’empoisonne, se trompe puis s’aime pour que finalement tous les liens du départ se forgent de nouveau pour le meilleur des mondes.

Au cœur d’un Paris sans vie, à l’image du cœur d’Abel, mais aussi des personnages. La vie n’incarne jamais les films de Louis Garrel, metteur en scène. C’était le cas avec Les Deux Amis, c’est aussi le cas avec L’Homme Fidèle. Les mots sont beaux et s’envolent grâce à la plume de Jean-Claude Carrière. Mais la mise en scène reste rase du sol. Même quand le jeu fantasmatique entre Marianne et Abel se met en place, le film ne trouve aucun piquant. Les corps sont fades, le fantasme pour le spectateur n’est jamais présent, ne relève jamais le niveau d’une mise en scène sans sel. Il est bizarre de constater que le film n’ennuie pas, n’assomme jamais, il se suit sans déplaisir, car Garrel a le don de fédérer de bons acteurs. Laetitia Casta est belle, Louis Garrel assure en Abel mystérieux et gentil en dépit de ce qu’il lui arrive et Lily-Rose Depp.
Lily-Rose Depp qui nous avait fait mourir de rire chez Kevin Smith (Tusk-Yoga Hosers), mais trouve ici un rôle démesuré. De ce corps frêle et enfantin, elle n’arrive jamais à atteindre le summum du fantasme de la femme. Elle est enfant de par son jeu, sa tenue et sa posture. Son regard pétillant et naïf qui explose tout le charme en elle. Face à Louis Garrel, mais surtout Laetitia Casta, elle est ridicule d’amour. Il y a erreur de casting, malgré toute la promesse qu’est Lily-Rose Depp pour le cinéma. Mais le rôle n’était pas fait pour elle, Louis Garrel donnant l’air même de s’en apercevoir quand leur liaison débute avec vacarme. 

L’homme Fidèle est un film de fantasme, mais surtout un film fantasmé à l’image de son précédent film, Les Deux Amis. Jamais il n’atteint la magie pour faire grandir ce genre de petits drames coquets autocentrés. Louis Garrel n’a peu de choses à raconter, bel acteur au regard sombre, mais réalisateur sans bagages pour exprimer la moindre émotion. Il met alors en scène des films sans fond, aux décors sans vie avec l’apanage d’un pitch de départ curieux et des acteurs attrape-publics.

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