L’heure de la sortie : Ces diablotins auraient-ils tout compris avant tout le monde ?

Dans Irréprochable, Sébastien Marnier filmait Marina Foïs en sociopathe prête à tout pour obtenir une place professionnelle qu’elle estimait être la sienne, inconsciente de la gravité de ses actes et persuadée d’agir dans son bon droit ! Avec un canevas de thriller horrifique lambda, il tricotait un drame social mâtiné de perversité, à la lisière du cinéma de genre, mais assumant tout autant son aspect « film d’auteur », trouvant finalement une voie qui lui était propre, avec une assurance et un goût du cinéma qui laissaient espérer qu’un cinéaste de talent était né ! Trois ans plus tard, il nous revient avec une nouvelle proposition tout aussi stimulante, mais en poussant encore plus loin son ambition thématique, ici clairement ancrée dans des préoccupations bien contemporaines, laissant filtrer une angoisse quant au futur de notre planète sans la moindre ambiguïté, le tout à l’intérieur d’une intrigue pouvant laisser penser à une version moderne et française du Village des damnés! Mais comme on pouvait s’y attendre au vu de son précédent long métrage, le scénario brouillera bien évidemment les pistes pour laisser le spectateur constamment attentif et intrigué quant à la direction qu’il pourrait prendre !

Pierre Hoffman (Laurent Lafitte, excellent comme quasiment toujours), intègre un prestigieux collège suite au suicide du professeur de français. Très rapidement, il décèle dans la classe 3ème 1 un comportement étrange et hostile, dont il attribue la raison principale au drame récent, mais qui s’avèrera bien évidemment ancré dans quelque chose de plus profond et irréversible …

Dans la première partie, le cinéaste prendra bien soin d’instaurer une atmosphère propre à un certain cinéma fantastique français, un ton d’inquiétante étrangeté, tout en évènements diffus et étranges pour que le spectateur, à ce moment du film, soit dans le même état que le professeur, et se pose en quelque sorte les mêmes questions. A coup de comportements vraiment déstabilisants, typiques de ces adolescents surdoués semblant mieux comprendre le monde les entourant  que tous les adultes autour d’eux, le fond du problème se dévoile, lentement, de façon insidieuse et réellement accrocheuse, de par le sens du cadre du jeune cinéaste, encore accentué depuis son premier film, et cette atmosphère dont on n’est pas tout à fait capable de déceler si l’on doit s’en inquiéter réellement, ou si c’est notre inconscient qui travaille, tout comme celui du personnage principal, auquel on est bien évidemment identifié par la force des choses.

Cependant, aussi maîtrisée qu’elle puisse être, l’ambiance à elle seule ne peut supporter la durée d’un long métrage, et celui-ci se doit de sortir d’autres cartouches pour que toute cette mise en place savamment entretenue ne s’avère pas vaine. Et c’est là que le film va réellement surprendre, lorsque notre esprit conditionné par des tas d’œuvres aux points de départ similaires se verra totalement pris de court par un revirement progressif mais sacrément bien négocié d’un point de vue rythmique. Si l’on pouvait depuis un moment déceler de quoi allait parler le film concrètement, il était évidemment difficile de savoir exactement pour quelle option le cinéaste allait opter pour faire passer son propos engagé et préoccupé ! Bien évidemment, il est toujours compliqué de parler de la façon la plus claire et concise possible d’un film reposant justement sur un mystère qui gagne fortement à ne pas être dévoilé. On se contentera donc de répéter ce qui a été dit plus haut, à savoir que le film fait part d’angoisses bien actuelles, sur la question écologique, et que si certains esprits chagrins y verront très certainement un tract moralisateur imposant sa vision des choses, ce serait dommage de s’arrêter à cette réaction sur la défensive, car si le film pose les bonnes questions, il se garde bien d’apporter des réponses trop évidentes, laissant chaque spectateur face à ses propres angoisses en la matière, et libre de ses conclusions. A ce titre, le très bel épilogue, poétique et d’une vraie force funèbre, allie morbidité et sérénité, concluant de la plus évocatrice des façons une histoire bien de son temps, mais qui aura réussi à se réapproprier des thèmes que l’on croyait déjà suffisamment usés, pour les intégrer à ses questionnements légitimes, qui auront tout gagné à être ainsi traités dans une œuvre s’éloignant de ces terribles « téléfilms » français, pensant encore en 2018, qu’un thème pour soirée débat suffira pour faire un grand film. Sébastien Marnier, lui, a tout compris, et en poursuivant son exploration d’un cinéma de genre plus riche de possibilités que l’on ne croit, réussit l’étape difficile du deuxième long, en atteignant une maturité qui redonne foi en un cinéma français qui allierait ambitions d’auteur et potentiel populaire. On lui souhaite donc le meilleur pour sa future sortie, le 9 janvier 2019.

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