Assassination Nation : Quand l’Amérique se fait dézinguer

C’est reparti pour un tour ! Cette année encore, Close-Up Magazine est au PIFFF, rendez-vous parisien incontournable pour les amoureux du cinéma de genre, un cinéma plus que jamais nécessaire qui fait du bien par où il passe. Pour bien commencer le festival, la programmation nous permettait de découvrir Assassination Nation en ouverture, une bonne façon de démarrer, histoire de bien mettre les pieds dans le plat et d’envoyer du lourd rapidement !

Force est de constater que malheureusement, Assassination Nation ne remplit pas toutes ses promesses. Le film de Sam Levinson (fils de Barry), aussi provocateur et irrévérencieux soit-il, a toute la grâce d’un éléphant dans un magasin de porcelaine et prend vite les allures d’un fourre-tout, certes jouissif, mais qui souffre d’un réel manque de profondeur. La promesse était pourtant là avec un pitch carrément alléchant : dans la ville de Salem, un hacker sévit, révélant les données personnelles de bon nombre des habitants, voyant leurs vies privées, fantasmes et secrets inavouables révélés au grand jour. Bien que Lily Colson en soit une victime, elle qui envoyait des photos d’elle dénudées à un père de famille, la populace de Salem (la métaphore est facile) voit très vite en elle et ses trois amies les responsables de leurs malheurs et décident de les attaquer…

On ne niera pas l’efficacité cinglante du film, dézinguant à tour de bras l’hypocrisie de la société américaine, la bêtise des mouvements de foule, le sexisme latent et la perte de repères d’une jeune génération qui ne vit pour que des likes et s’immerge derrière leurs écrans pour donner un sens à leur vie. En cela, Assassination Nation n’est pas sans rappeler Tragedy Girls, présenté l’année dernière au PIFFF et qui égratignait déjà férocement cette jeunesse en perdition avec un peu moins de balourdise. Car à force de vouloir être trop gourmand et de lancer plusieurs thématiques dans le scénario, Sam Levinson n’arrive jamais à bien concentrer son récit et à lui donner l’ampleur qu’il mérite.

A défaut de contenir son scénario (qui aurait gagné à être plus tendu et plus écrit en profondeur au niveau des personnages), Sam Levinson donne le change avec une mise en scène énergique et assez virtuose, truffée de longs plans sacrément impressionnants, d’un montage ultra-dynamique et d’une bande-originale rythmée. Mais cette mise en scène clinquante n’arrive jamais à complètement masquer le fait que Assassination Nation brasse un peu trop d’air pour rien et se fait volontairement bruyant pour qu’on le remarque, à l’image d’un sale gosse. Certes, le message passe à 200% tant les personnages sont des modèles de stupidité (qui ne s’arrêtent jamais deux secondes pour réfléchir à la situation) mettant en valeur nos quatre héroïnes (interprétées par quatre actrices farouchement talentueuses), les seules à se poser un peu avant de foncer dans le tas même si on aurait voulu qu’elles soient encore plus développées. Le film n’a cependant pas toutes les cartes en main pour faire de son pamphlet une franche réussite, jouant de facilités et d’effets un peu trop tape-à-l’œil, masquant bien quelques défauts trop évidents. La proposition a au moins le mérite de marquer par son imagerie choc et son irrespect du politiquement correct mais on l’aurait voulue plus aboutie.

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