Au Poste ! : Monty Python à la française

Quentin Dupieux est un artiste aux multiples casquettes (re)connu sous le pseudonyme de Mr. Oizo dans le monde de la musique électronique et réalisateur de nombreux films plus atypiques les uns que les autres. Après Réalité, Rubber ou encore Steak, il revenait dans les salles françaises l’été dernier avec Au poste ! mettant en scène Benoît Poelvoorde (Le Grand Bain) et Grégoire Ludig (La Folle histoire de Max et Léon). Le film est disponible en DVD et blu-ray depuis le 14 novembre chez Diaphana Distribution.

Au Poste ! raconte un tête à tête entre le commissaire Buron (Benoît Poelvoorde) et son suspect numéro dans une affaire de meurtre, Louis Fugain (Grégoire Ludig) dans un huis-clos désopilant. Quentin Dupieux est un homme à idée. Il est toujours difficile de vouloir appréhender ses œuvres de manières conventionnelles, car dans la musique comme le cinéma, il est adepte de l’absence de sens. En 2010, il confiait à 1Kult « Il n’y a rien de plus beau dans l’art que de ne pas réfléchir. ». À ce titre, Quentin Dupieux se démarque par l’exécution et la réalisation de cette idée. On assiste, sans doute ici, à son œuvre comique la plus aboutie, avec un humour absurde comme on n’en fait plus.

La première scène nous donne tout de suite le ton, dans un esprit très Monty Python pour Le Sens de la Vie et que Michel Hazanavicius qualifie quant à lui de « très Pierre Richard », selon Quentin Dupieux. Un orchestre joue au beau milieu de la campagne et les verts pâturages, dirigé par un homme en slip rouge, Laurent Nicolas, papa de la série d’animation Lascars et réalisateur de plusieurs épisodes de la série F is for Family sur Netflix.

D’ailleurs, avant de vous parler des acteurs principaux qui sont la force du film, on peut peut-être parlé des brèves apparitions. Puisqu’on peut voir Orelsan le temps d’une scène ou encore Vincent Grass, un monstre du doublage qu’on connaît tout particulièrement pour être la voix de Gimli dans la trilogie du Seigneur des Anneaux ou encore de l’Agent Smith dans Matrix. On peut aussi apercevoir très brièvement le réalisateur Michel Hazanavicius (OSS 117, The Artist), justement, accompagné de Pedro Winter, DJ et producteur, créateur du label Ed Bangers Records qui a promu une bonne partie des artistes français de la scène électro comme Justice ou encore Breakbot ainsi que Mr. Oizo. Et en parlant de l’électro à la française, il a notamment été le manager du duo Daft Punk à leurs débuts et pendant la douzaine d’années qui a suivi. Et finalement, comme un clin d’ œil à Réalité, on peut entendre deux cris proférés par Alain Chabat.

Avec Au poste !, Quentin Dupieux fait preuve d’un humour tout ce qui a de plus Monty Python, à la française. Si c’était déjà décelable à la première scène, ça l’est encore plus dans les dix dernières minutes du film. Mais pour faire tenir l’illusion pendant le film, il faut bien des acteurs au niveau. En cela, Poelvoorde et Ludig sont parfaits pour leurs rôles. Les ressorts comiques du film reposent beaucoup sur l’ennui et le banal qui émanent de la scène. Les jeux d’acteurs de Poelvoorde et Ludig sont tellement dans le juste et possèdent si bien cette petite étincelle qui captive le spectateur peu importe la scène. On les retrouve tous les deux dans des rôles plus calme. Avec un Grégoire Ludig à la prestation moins nerveuse que dans le Palmashow ou La Folle Histoire de Max et Léon. Ainsi qu’un Benoît Poelvoorde qu’on a déjà pu voir dans des rôles calmes, l’exemple le plus représentatif étant son rôle dans Les Émotifs anonymes. Mais on sait tous que pour Benoît Poelvoorde, l’exubérance est sa marque de fabrique et même ici, on voit facilement que c’est quand il monte dans les tours, même pour de brefs instants, qu’il atteint sa vitesse de croisière.

Pour ce qui est du DVD, l’édition vidéo est assez avare. Même si elle est finalement fidèle au film avec en bonus le film commenté par Quentin Dupieux qui plonge le spectateur dans un moment d’intimité avec le réalisateur pour prolonger le plaisir. Mais aussi, et c’est original et bienvenue, les premières répétitions des acteurs pour la première scène du film, si on omet le passage musical dans les champs. De même, dans la jaquette avec le DVD, on pourra trouver la lettre de motivation tirée du film et improvisée par Marc Fraize dont chacun pourra aisément s’inspirer pour ses prochaines candidatures. Et cerise sur le gâteau, un bonus caché, un programme très intéressant sur les chevaux qui vous donnera envie de manger des chips à côté de votre femme qui dort.

Quentin Dupieux est un cinéaste qui a l’habitude de jouer avec l’outil même du cinéma. Il est un des rares réalisateurs à créer sa propre réalité à chaque film. À un niveau tel, qu’arrivé au générique de fin on ne peut s’empêcher de le dévorer jusqu’au bout dans la peur de n’être face ici qu’à une énième mascarade du réalisateur pour jouer avec nos attentes. Un effet accentué par la durée relativement courte d’à peine 60 minutes réelles de film. Au poste ! transpire l’absurde et le surréaliste dans une comédie qui ne peut faire que du bien au paysage cinématographique français.

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