Un Amour Impossible : Rencontre avec Catherine Corsini, réalisatrice du film.

À l’occasion de la 7e édition du festival De l’écrit à l’écran de Montélimar, nous avons rencontré la réalisatrice, Catherine Corsini, qui présentait en avant-première, son nouveau film, Un Amour Impossible, en salles le 7 novembre.
Le 11ème film de la réalisatrice est l’adaptation éponyme du roman de Christine Angot revenant sur la vie de sa mère et les relations avec son père, interprété respectivement par Virginie Efira et Niels Schneider.

Comment en êtes-vous venu à adapter le livre éponyme de Christine Angot ?

Je sortais de La Belle Saison. Je n’avais pas tellement d’idées en tête. Je piétinais un peu… C’est ma productrice qui m’a conseillé la lecture du livre. Elle savait que le thème du livre pouvait m’intéresser. J’ai été bouleversée après sa lecture. Je pensais que le film était impossible à faire. Je ne voyais pas quelle actrice pouvait jouer le rôle, partir de l’âge de 27 ans jusqu’à 70 ans. Cela me paraissait compliqué. J’y ai réfléchi et me suis lancé comme défi d’y réussir. On a essayé de joindre Christine Angot pour acquérir les droits du roman. C’était compliqué, car elle avait beaucoup de propositions d’adaptation. Je l’ai donc rencontrée et ça a fonctionné de suite.

Il y a comme un lien évident entre La Belle Saison et Un Amour Impossible. Votre précédent film traitait déjà d’un amour impossible ?

Oui j’aime bien la complexité des personnages, que l’on sente la complexité de l’humain. Que les personnages fassent les mauvais choix. Il y a des histoires qui se créent tout en sachant que ce n’est pas la bonne personne, mais on y va quand même. Les personnages sont aveuglés, se dirigent vers le piège, les spectateurs le ressentent, mais les personnages y foncent têtes baissées. C’est ce qui fait que le roman et le film soient dramatiquement intéressants, le roman fournit de lui-même le suspense pour un excellent scénario. Le roman construit d’une façon véridique une improbabilité pour cette jeune femme. On se dit qu’elle va s’apercevoir de la réalité, qu’elle va comprendre et s’arrêter, mais non. Quand il revient vers elle, elle y croit encore, il y a une naïveté improbable dans le personnage de Virginie Efira qui interprète la mère. Si j’avais écrit le scénario moi-même, je n’aurais pas pu aller si loin. La vie propose parfois des choses incroyables, plus que ce que l’on pourrait imaginer.

Le final dans la brasserie est une séquence poignante. Face à la photo du premier amour abandonné de sa mère, elle lui répond : « Tu avais le gentil, mais tu as attendu le méchant dont je suis la fille. Mais j’aurais voulu être la fille du gentil ». On la voit à ce moment précis imaginer une autre vie avec sa mère, un parallèle plus sage et tendre. Une vie normale sans drame ni violence.

Si ça avait été un autre père, elle ne serait pas là. Ce qui est intéressant dans cet échange est le « pourquoi ma mère a été vers cet homme terrible et dangereux, ce pervers absolu et qu’elle a abandonnée un homme doux et charmant ». Pourquoi tout d’un coup on se lance des défis d’aimer des gens dangereux ? On se dit qu’ils vont nous élever, nous apporter des choses cruciales, que l’on n’a pas envie du confort d’une vie un peu banale, mais d’une vie aventureuse. Mais parfois ce sont ses personnes qui vous détruisent le plus. Là, elle tombe sur le mal absolu qui l’emporte vers le chaos.

Je voulais revenir sur les deux actrices qui interprètent Chantal : Estelle Lescure et Jehnny Beth. Il y a un mimétisme évident entre les deux actrices, mais surtout avec Christine Angot qu’elles interprètent de façon bluffante.

C’est dû surtout à la langue du livre. On est resté proche de ses dialogues, de sa manière de s’exprimer. On est dans sa tête, dans ses pensées, forcément on retrouve la Christine Angot que l’on connaît tous. Du moment où il y a l’adolescente qui pique sa crise envers sa mère en lui hurlant « Nous ne sommes pas une famille », la pensée du personnage et la pensée de Christine Angot se concrétisent vraiment. Cela s’est transmis sans que personne ne cherchent à imiter ou copier, c’est simplement par la pensée et la parole que l’on retrouve le personnage ou la figure de Christine Angot. La ressemblance est un pur hasard dans le choix de la jeune actrice qui joue Chantal. Elle était juste et me convenait, mais je ne recherchais pas le mimétisme avec Christine Angot. Concernant Chantal adulte, Jehnny Beth est chanteuse, c’est sa première interprétation au cinéma. C’est par sa façon dont elle s’empare physiquement du texte et de la voix que l’on retrouve l’intelligence et la vivacité de Christine Angot et son interprétation du monde.

Comment avez-vous jaugé l’équilibre de la douleur de la mère et la fille dans ce parcours avec ce compagnon et ce père d’une méchanceté sans commune mesure ?

Je ne voulais absolument pas que le film soit hystérique, qu’il ne se vautre pas dans le pathos. La mère est un personnage digne, elle vient d’une classe sociale pudique. Il y a comme une réserve, de se poser en retrait face à une autre société plus haute dont vient le compagnon interprété par Niels Schneider. C’est une femme intuitive et intelligente pourtant, on le voit au fur et à mesure du film. Mais elle n’ose pas et ne se permet pas, pourtant elle se construit à travers ces enseignements de la vie. Elle ne lâche jamais et ne se sent jamais vaincue. Elle est portée par l’amour, cette pensée que cet homme l’aime et que cet enfant est né d’un moment d’amour. Il a partagé des choses avec elle, elle lui a été d’un grand secours. Il était seul à Châteauroux avec peu d’amis, donc ils ont partagé beaucoup de choses ensemble. Elle pense qu’ils ont désiré cet enfant ensemble. Elle s’en méfie quand même un peu, car elle ne part pas à Paris. Elle fait le choix de rester. Elle est aussi portée par le besoin qu’il reconnaisse l’enfant. Lorsqu’elle l’obtient par la force de ses convictions, il ne le supporte pas, mais en même temps, cela l’excite suffisamment pour essayer de la détruire encore plus. Cette histoire est complexe, dramatique et extrêmement cinématographique. Quand on a de tels caractères dans un film, les personnages vont extrêmement loin dans la façon dont ils entraînent l’humain de façon incroyable. Ce qui est impossible à écrire pour moi en scénario. 
Cette femme est héroïque, car elle tient par la force des choses. Elle résiste à ce monstre.

Justement, comment avez-vous appréhendé le rôle du père avec Niels Schneider  ? C’est loin d’être un rôle facile.

C’était très bizarre. Beaucoup d’acteurs ont refusé le rôle. Le personnage fait peur. Il est montré tel quel, sans jamais le polir ou arrondir les angles. Niels Schneider est un acteur qui me fascine, que je trouve intéressant. Mais je le trouvais trop jeune pour le rôle. Il a voulu quand même faire des essais avec Virginie Efira. Là, il m’a convaincu, il a retourné la situation en sa faveur de façon absolue. Il cherche beaucoup, c’est un acteur instinctif qui n’a pas peur justement de prendre le risque d’interpréter un tel personnage. Il était méticuleux par ses gestes, son jeu. Il n’avait pas forcément la sophistication du père. Mais il a l’instinct et l’intelligence de savoir incarner le personnage. Il a surtout ce charme indéniable qui fait fondre le personnage de Virginie Efira. Et justement notre travail a été de ne pas montrer d’emblée la monstruosité du personnage, mais de le laisser l’enrober, la laisser tomber amoureuse de lui par son aura qui la fascine. On a travaillé tous ses détails pour ne pas en faire un salaud, il a toujours cette élégance, ce sourire même dans les pires révélations du film.

On s’aperçoit justement que Chantal tend à ressembler à son père, notamment dans sa période adulte avec une forme de bipolarité.

Ça m’est apparu au montage. Il y a des choses inconscientes lors du tournage. Christine Angot ne ressemble pas du tout à sa mère, donc le choix était fait de base. Elle est née de cette femme combative et vaillante, qui la protège. Mais elle est née aussi de ce père monstrueux et elle en a évidemment certaines caractéristiques physiques, mais aussi intellectuelles. Elle avait comme une fascination pour cet homme brillant. Il lui a transmis une part d’intelligence. Je trouvais intéressant de percevoir l’héritage de ce père en elle, c’est physique et indéniable. Il y a des traces de ce monstre en elle, cela doit être dramatique par moment. Elle ne peut malheureusement pas l’évacuer, donc faut vivre avec et se servir de cette intelligence pour se reconstruire. 
Je pense que la mère reconnaît le père en elle par moment. C’est pour cela que cette histoire est absolument terrible. Cette histoire vraie tend vers le thriller dramatique. C’est en cela que sa dramaturgie est parfaite pour en faire un film.

C’est pour cela donc que sa mère refait sa vie quand Chantal quitte la maison ?

C’est l’un des mystères de la vie. Quand Chantal part et que le père meurt, Rachel reprend vie. Elle lâche à ce moment-là, s’abandonne de nouveau. Elle arrive à avoir de la place, de se retrouver. C’est une femme très belle et jusqu’à ses 40 ans, elle reste à la merci de cet homme. Elle a une partie de son cœur qui est gelé, elle passe à autre chose en ne l’aimant plus. Leur rencontre au musée avec son nouveau compagnon, lui et Chantal en est un bel exemple.

Propose recueillis par Mathieu Le berre.

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