Le Grand Bain : Un plongeon 5 étoiles

Voici la troupe d’acteur la plus populaire du cinéma français. Menée par Gilles Lellouche, Le Grand Bain est une comédie française remplie d’un casting 5 étoiles, à la fois hétéroclite et et très complémentaire. Mathieu Amalric et Philippe Katerine côte à côte, il fallait bien M. Lellouche pour réaliser ce fantasme oublié depuis 2003 dans Un Homme, un vrai, un film de Arnaud et Jean-Marie Larrieu. Entre Benoît Poelvoorde et Guillaume Canet, Virginie Efira et Leïla Bekhti, Marina Foïs et Mélanie Doutey ou enfin Félix Moati et Alban Ivanov, croyez-nous, vous ne saurez plus où donner de la tête parmi tous ses duos.

Cela devient une rengaine avec le temps, mais le cinéma français, aussi envié soit-il, conserve un net retard de qualité et de justesse sur le cinéma anglais lorsqu’il s’agit de comédie dramatique. On ne ressasse plus assez le nombre de réalisateurs et scénaristes contraints de modifier drastiquement leur histoire afin de correspondre au mieux aux désirs des producteurs et distributeurs. Heureusement lorsqu’on s’appelle Gilles Lellouche, l’exercice prend une toute autre tournure et la liberté semble s’obtenir plus aisément. Bien qu’il soit un film choral, Le Grand Bain raconte l’histoire de Bertrand, joué par Mathieu Amalric, père de famille que sa femme soutient avec de plus en plus de difficulté. Cherchant de plus en plus hardiment un travail après son récent licenciement, il tombe dans une phase dépressive assez avancée, sans motivation ni loisir ou passion. C’est lorsqu’il tombe par hasard sur une annonce pour faire de la gymnastique aquatique à laquelle il décide de répondre que sa vie va prendre un tournant inattendu.

Ce pitch de base semble un peu commun et prévisible, surtout le passage où l’on apprend que sa vie va prendre un tournant inattendue. Cette fois-ci cependant, il faut admettre que le tournant en question est effectivement inattendu. En faisant rejoindre son personnage principal une équipe de nage synchronisée, on peut dire que Gilles Lellouche aborde un sport de niche particulièrement peu répandu. Et surtout, quasi exclusivement féminin, bien qu’il existe maintenant des équipes masculines depuis le début des années 2000. Le réalisateur suit les pas de Parfaites, documentaire récemment sorti, relatant la difficulté de ce sport, bien plus éprouvant et physique que la plupart des sports traditionnels de premier plan. Un documentaire particulièrement intéressant que nous vous recommandons de regarder et dont Le Grand Bain applique parfaitement les enseignements. Il y a dans ce film une véracité impressionnante et inattendue tant le sport ne se prête finalement que très peu à la comédie. Il faut beaucoup d’abnégation et de mental pour réussir cette discipline et on peut dire que la brochette d’acteurs français en a dans le pantalon pour avoir tenu le pari. Lellouche et ses scénaristes se sont très bien renseignés sur ce point et parviennent à proposer une vision à la hauteur de la réalité.

Le sujet était d’autant plus dur à traiter qu’il s’agit ici, concrètement, d’un film choral et que ce n’est pas monnaie courante dans le cinéma français. Réussir à réunir autant d’acteurs, et donc de personnages, autour d’une seule et même histoire aussi contraignante que celle-ci était un pari risqué mais surtout un véritable nid à piège. Sur ce point, c’est une réussite en demi-teinte cependant. La narration esquive beaucoup de facilité trop grosse mais s’en mange quelques unes de plein fouet. Le background des personnages se dessine assez vite et reste assez simpliste finalement en dépit de ce que l’on pourrait attendre. Une scène en particulier s’amorce comme le cliché le plus ultime que le cinéma aie sans doute connu pour prendre le spectateur à revers et se conclue de la manière la plus invraisemblable. Comme il s’agit là avant tout d’une comédie, le film reste dans un carcan assez prévisible quant à certain retournements de situation. On appréciera cependant l’aplomb avec lequel la comédie fait passer son message, frontal et sans détour sur le fait de devoir des fois reprendre sa vie en main en se faisant souffrance. Un message à l’image de l’effort que nécessite la natation synchronisée et lui rendant hommage.

Enfin notons que le jeu d’acteur est particulièrement juste. La plupart d’entre eux permettent simplement avec leur stature et leur charisme d’être comique et intense à la fois. Les jeux de personnages comme ceux de Amalric, Efira, Poelvoorde, Bekhti ou Katerine amorcent l’hilarité sans prendre le pas sur l’intensité dramatique. Les personnages ayant chacun une histoire très singulière, ils brillent lorsqu’ils sont dos au mur et amenés à se surpasser. Chacun vit son moment de gloire, à la fois très intense et jubilatoire, mais toujours très bien dosé pour proposer des scènes drôles et touchantes sans jamais être pathétiques. Une telle affiche d’acteurs dans l’horizon du cinéma français n’a qu’un seul but ici, celui de promouvoir une discipline certainement nettement sous-estimée. A la fois un très bel hommage et une belle preuve de respect que nous offrent toutes ces personnalités pour récompenser à leur manière le travail acharné et particulièrement douloureux que produisent des sportifs et sportives de très haut niveau sans pour autant avoir le respect et la reconnaissance qui leur est dûe.

Gilles Lellouche est un très bon réalisateur et il le prouve une fois encore. Mais malgré un résultat d’apparat très convaincant, c’est sur le travail en amont qu’il faut porter son attention et le message sous-jacent. A l’image du sport que le film met en avant. C’est ce parallèle qui rend le film aussi profond et admirable. Tous ne seront clairement pas affectés de la même manière à cette histoire, tout comme le montrent les très nombreux clichés dénoncés par ce film, comme celui d’être un sport de gonzesse par exemple (au sens péjoratif du terme). Il est cependant nécessaire de s’ouvrir un tantinet à de nouveaux horizons avec Le Grand Bain afin de se laisser surprendre par un sujet inattendu. La qualité est au rendez-vous, qu’elle soit au niveau de l’histoire, du jeu impeccable ou de la réalisation très propre. Le long métrage mûrit encore après visionnage et reste à l’esprit suffisamment longtemps pour dire qu’il ne s’agit pas seulement d’une comédie dramatique française de plus.

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