Halloween : La fête des morts.

Tout commence en 1974 au Canada avec un metteur en scène américain, Bob Clark, loin d’être un novice, car on lui doit déjà 4 longs-métrages, dont Le Mort-Vivant qui sortira la même année. Le film en question est Black Christmas, un petit film d’horreur se déroulant dans un même et seul lieu, une fraternité pour jeunes filles le soir de Noël. Avec ce film qui sera un carton au box-office américain, Bob Clark casse les codes du genre psycho-killer instauré par Psychose d’Alfred Hitchcock pour mieux se recentrer sur la base du Voyeur de Michael Powell, tous les deux sorties en 1960. Chez Clark, nous ne verrons jamais le tueur mis en évidence par une vue subjective constante. Il agit alors tel un fantôme au cœur même de la demeure où il est caché, harcelant les jeunes filles par téléphone avant de les trucider une par une.
Black Christmas est un film inquiétant, car le tueur est une ombre s’infiltrant de la nuit froide avant d’être le fantôme tueur d’une maison qu’il va hanté de sa présence.

Black Christmas (Bob Clark-1974)

On vous parle en introduction de Black Christmas, car Halloween doit beaucoup à cet essai ouvrant officiellement l’ère du slasher. John Carpenter va s’inspirer du Black Christmas de Bob Clark, tout en prenant beaucoup plus de risques. Black Christmas se déroule en huis-clos et de nuit, quand Halloween verra son massacre élargi à un quartier tout entier et en majorité de jour. L’entité même du tueur, le fameux Michael Myers, sera le fantôme hantant de sa présence ce quartier d’Haddonfield de façon plus palpable, car mis en scène différemment.
Michael Myers n’est point une ombre, mais le boogeyman d’un quartier vivant dans le souvenir, telle une légende urbaine, du meurtre de sa soeur par ses soins quand il était enfant. Alors quand il s’évade de l’hôpital psychiatrique à sa majorité, il revient inexorablement chez lui pour reprendre le massacre.

Halloween (1978) – Michael Myers

La réussite d’Halloween repose essentiellement sur son tueur. Michael Myers ornant ce masque froid et sans vie, totalement dû à Tommy Lee Wallace, assistant sur le film, qui retravailla la figure du Capitaine Kirk de Star Trek, pour les besoins de John Carpenter. Tout le succès du film repose sur cet élément qui débouchera sur des décennies de cinéma d’horreur. Des suites, un remake et sa suite, des temporalités qui se comptent sur les doigts d’une main pour une mythologie nous hantant encore aujourd’hui.
Michael Myers est l’image même du Boogeyman, le roi, le seul et unique engrangeant par la suite des disciples comme Jason Voorhees, Freddy Krueger ou Ghostface, lui devant tout à l’orée du néo-slasher des années 90. Il est ce fantôme errant de maison en maison laissant derrière lui les cadavres dans les placards de baby-sitter naïve et mièvre, l’ombre hantant les nuits des enfants du quartier à l’image de Tommy Doyle, que l’on retrouvera traumatisé dans Halloween 6.

Halloween (1978)

À l’image de Black Christmas, Halloween ne fait pas dans le gore. Ce n’est pas un film jouant de facilités, mais en profitant justement pour expérimenter. John Carpenter reprend à Bob Clark l’effet magistral de la vue subjectif, nous permettant de nous mettre dans la peau du tueur. On entend son souffle, le ressent même dans certaines séquences. Le spectateur est installé derrière le masque pour se retrouver tel un voyeur observant sa proie. Le même procédé utilisé par Michael Powell dans son film éponyme, mais avec l’artifice de la caméra, tirant le procédé vers le snuff-movie. John Carpenter utilise la première personne pour incorporer le spectateur dans ce cycle de meurtres, comme pour mieux le culpabiliser à souhaiter voir ce genre de produit. Car n’omettons pas qu’Halloween est une commande pour le jeune réalisateur de l’époque pour mieux surfer sur la demande suite au succès de Black Christmas. 

Halloween – Myers guettant sa proie.

D’où alors l’astuce de John Carpenter d’engager Jamie Lee Curtis comme héroïne de son film. La fille même de Janet Leigh qui incarnait Marion Crane dans le Psychose d’Hitchcock et mourait sous les coups de couteau du légendaire Norman Bates.
Halloween est donc une étape importante dans le cinéma horrifique, car il est la conclusion d’un cinéma à l’époque révolue, celui des Hitchcock ou Powell, permettant l’ouverture d’une ère moderne de l’horreur. De l’horreur de consommation, des produits avec des croquemitaines comme stars de l’éviscération de jeunes femmes effarouchées dans des camps de vacances ou dans leurs propres sommeils. 

Jamie Lee Curtis dans le rôle de Laurie Strode.

Il faut admettre que Halloween de John Carpenter a ouvert grandes les portes du succès pour ses ersatz multiples et tout aussi célèbres depuis. Avec un faible budget de 325 000 dollars, Halloween remporte un succès monstrueux au box-office. Une effervescence se crée autour du film à l’époque auréolée d’un bouche-à-oreille infaillible, en dépit des critiques assassines pour certaines. Halloween engendre près de 176 000 000 dollars à l’international, dont 47 000 000 rien qu’aux États-Unis. Il devient à l’époque le film indépendant le plus rentable de l’histoire du cinéma. En France, le succès sera plus relatif avec seulement 283 934 entrées. Le film gagnera ses gammes de classique avec la vidéo et les différentes ressorties en salles. Ce qui nous amène à souligner la ressortie du film ce mercredi 24 octobre 2018 en version restaurée 4K grâce à Splendor Films, profitant de la sortie le même jour de la nouvelle suite produite par Jason Blum et mise en scène par David Gordon Green. Pendant ce temps-là, Black Christmas de Bob Clark est resté intact et sans suite, comme l’essai fulgurant d’un réalisateur aujourd’hui méconnu à l’image de son film. Mais nous vous invitons intimement à découvrir Black Christmas disponible en DVD chez Wild Side, une pépite indépendante qui perdit tous les honneurs au profit de copies et autres inspirations directes qui régneront grâce au soutien opportuniste de studios bien que souvent trop peu inspirés, mais ayant l’oeil partout et le bon flair.

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  1. Édito – Semaine 44 -

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