Predator 2 : Shit Happens

Chose à prévoir, après un premier épisode monumental, une suite qui surfe sur la popularité de la licence Predator arrive 3 ans après son grand frère. Difficile de passer après McTiernan, mais difficile aussi de louper le coche à ce point, sans volontairement sombrer dans la gaudriole.

Car après un film de guerre, d’horreur et de survie dans la jungle, qui accuse le changement de ton avec une facilité déconcertante, on est catapulté d’entrée de jeu, comme le Predator, dans un décor urbain, en pleine guerre des gangs. Les fusillades éclatent d’on ne sait où, pour le fun, avec une poignée de malfrats, qui mènent la vie dure aux forces de l’ordre, tous équipés d’un armement digne du catalogue JouéClub. C’est là qu’arrive Danny Glover en flic rebelle, fort en gueule et en surjeu(comme le reste du cast), le holster toujours accroché à la poitrine, qui contre toute autorité prend la décision de contourner les belligérants. Une stratégie audacieuse, qui paye et les conduit à se retrancher. C’est là que le Predator entre en scène et défouraille tout ce petit monde avec la finesse qu’on lui connait, en laissant bien en évidence les traces de son passage. Danny est bien embêté devant le fait accompli, d’autant que ses supérieurs tentent d’éloigner cette tête brulée du dossier.

Le pitch de Predator 2 n’est pas sans rappeler un énième film de flics, où le Predator est introduit de manière totalement gratuite voire absurde. Comme une décalcomanie, sans prendre le temps des préliminaires du premier opus, notre grosse bestiole, démystifiée pour l’occasion, (jusqu’à pousser un cri de Chewbacca) est juxtaposée aux archétypes décomplexés des aventures policières de l’époque. Un mélange si dingue, qu’il en devient fendard, comme une sorte de Last Action Hero qui se la joue sombre et roule des mécaniques, même s’il ne trompe personne.

« Encore heureux » serait-on tenté de dire, au milieu de ce bal de clichés, en roue libre totale. Entre le gang qui utilise la magie vaudou (dont le leader semble avoir volé la canne de Jafar), les punchlines fumeuses, même pour l’époque, livrées par des personnages secondaires au charisme négatif, et bien d’autres, le choix est laissé entre le rire et la consternation. Le premier l’emporte bien souvent sur la deuxième et sauve une grande partie du film. Il permet de passer outre les nombreuses incohérences, que l’on ne manque pas de relever, pour prendre un plaisir coupable à mi-chemin entre le nanard et le blockbuster.

On peut donc prendre un malin plaisir à la vision de ce Predator 2, d’autant que l’action est au rendez-vous, avec une confrontation finale qui dure une bonne demi-heure (et qui accuse presque le poids de sa longueur). Le Predator reste un chasseur, mais il n’est plus un trappeur sournois et discret, cette fois-ci il est encore plus bourrin que ses opposants, avec un arsenal enrichi (filet, lance, frisbee lunaire etc…). La tension disparaît au profit d’un passage à l’action plus fréquent, notre Inspecteur Gadget de l’espace brulant d’envie d’utiliser toute sa petite panoplie. Même lors de cette scène de traque dans la lumière noire, qui fait penser de loin à la saga Alien, les enjeux ne sont jamais assez forts pour nous impliquer. La chasse devient superflue et seul l’affrontement compte réellement.

Predator 2 n’est pas ce que l’on peut appeler « une suite digne de ce nom », mais elle aura au moins le mérite, en plus de nous faire rire, de ne pas tenter d’imiter trop lourdement son grand frère, malgré des gimmicks incontournables. Là où le bas blesse réellement, c’est qu’il est, à l’instar d’un Rambo 2, plus proche de l’idée globale que l’on se fait, de la saga dont il est tiré, pouvant parfois éclipser son grand frère aux yeux du profane. Mais que l’on se rassure, ces écarts de conduite loin d’être blasphématoires tiennent plus de la franche rigolade.

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