Girl : She want to break free

Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.
De ce schéma, Lukas Dhont met en scène un film sur la compréhension. Celle d’une famille sur la volonté d’un garçon qui se voit comme fille. Il est une fille. Elle, tout simplement. Nous ne saurons jamais rien de sa vie d’avant, celle de cette famille sans mère qui vient tout juste de changer du tout au tout. Un déménagement, nouvelles écoles, et le père qui continue à faire le taxi.

Cette famille est, à première vue, heureuse. Lara fait des efforts à l’école, essaye de s’adapter et pousse sa passion vers la danse à son comble. Doucement le point de vue se décale, se fixe sur Lara. Elle est le point central du film, la curiosité du pitch et l’attisement de notre intérêt envers lui. Lara est belle, féminine, on ne la voit jamais comme un homme devenu femme, mais comme Lara. Son sourire est sublime, son regard pétillant, Victor Polster livre une prestation ahurissante.
Le film bascule inévitablement, Lukas Dhont brise cette convention de la compréhension sans crier gare. Lara se montre impatiente, fatiguée. Les sentiments et le corps prennent le pli sur la personne. La psyché suit à vitesse grand V et c’est le déraillement. Lara commence à avoir des pulsions, des envies d’adolescente, souhaite s’intégrer. Mais elle ne peut pas sans se dévoiler. 

Trop d’années à se cacher, on soupçonne ce nouveau démarrage comme l’un des exemples de ce fait, un effort de ce père tendre pour sa fille. Mais la crise d’adolescence est sous-jacente, sur le point d’éclater. L’impatience est un tort à tout à chacun, mais encore plus chez Lara. Cela se ressent alors sur son corps, lui aussi n’a pas de patience, qui avance en dépit des hormones englouties par Lara pour l’aider. Ce corps qu’elle ne supporte plus, celui que les jeunes hommes regardent avec attention, Lara est belle, donc attire l’œil vénal des filles de son entourage, qui vont allez chercher cet appendice insupportable pour la blesser au plus profond de sa chair. 

Pour un premier film, Lukas Dhont ne choisit pas la facilité. Il se tend des difficultés dont il relève brillamment le défi pendant une grande partie du film. Puis le final déchaine les fureurs. On ne comprend plus le personnage et l’inévitable arrive, l’insurmontable, l’impardonnable. On supporte la volonté du jeune metteur en scène comme une provocation, une mauvaise intention, une erreur de jeunesse. Pourquoi  ?
Pour finalement, conclure sur ce superbe plan, ce sourire radieux, cette magnifique femme, libérée de toute gêne, émancipée à être elle-même, s’acceptant et s’aimant de son plein gré.
Girl est un flm sur l’acceptation de l’autre, mais pas de soi-même. Lara est une fille aimée, qui ne s’aime pas. Elle est impatiente de s’aimer, de se toucher, de s’accepter comme une femme, alors qu’elle n’est qu’une jeune fille aux multiples promesses. Couplée au dilemme de la danse, cette violence au corps dans ce ballet psychologique, véritable spirale infernale, rend ce tourment vital comme insurmontable pour Lara. Girl est le déchainement de la pensée d’être et le déchirement de la réalité de son corps. Ce corps qui travaille pour atteindre l’absolu, la possession totale de ses moyens, alors que Lara ne doit finalement n’être qu’elle-même. Une compréhension complexe dont Lukas Dhont montre avec tact, à raison de son erreur de jeunesse à la toute fin.

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  1. Édito - Semaine 41 -

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