Miraï ma petite soeur : Allo Papa ici bébé !

Trois années après Le Garçon et la Bête, Mamoru Hosoda est de retour avec un cinéma plus pragmatique. Les spectateurs et/ou fans de la première heure peuvent se montrer déconcertés, voire déçus, du résultat de Miraï ma petite sœur. Hosoda pose son cinéma et cale sa caméra au creux de la maison d’un jeune couple. On peut interpréter ce couple comme celui d’Hosoda lui-même, le père du film prenant les traits évidents du réalisateur.
Miraï ma petite sœur est le résultat de l’arrivée du deuxième enfant dans la famille Hosoda. Le premier enfant, un garçon, est alors âgé de trois ans et ne comprend pas l’arrivée de cette petite sœur. Elle prend beaucoup de place au cœur du foyer, et Mamoru Hosoda observe son fils. 

Tout est retranscrit ou presque au sein du film. Mamoru Hosoda place son point de vue du côté de l’enfant. Ce garçon unique pendant quelques années se retrouvant d’un seul coup à devoir partager et devenir un grand frère. Une fonction pas facile tous les jours, puisqu’il faut trouver sa place. Le film suit le cheminement de ce petit garçon, un bébé, à devenir un enfant, touchant de près la maturité pondre en lui. Cela commence avec l’apprentissage du vélo ou le rangement des poupées de prière, que son père n’a toujours pas rangé après quelques jours.
Ce chemin de croix pour cet enfant perdu au cœur de cette maison de pur architecte où les marches n’en finissent plus. Il y a un arbre en son centre, l’arbre de la généalogie, celui d’un jardin comme une terrasse intérieur où va pouvoir s’évader cet enfant dans ses pensées, dans son imaginaire. Mamoru Hosoda propose de partir avec Kun dans ses échappées de petit garçon en quête d’attention. Il personnifie son chien, retrouve sa sœur (Miraï de l’avenir) ou même son grand-père pour un très beau moment, tendre et sublime visuellement. C’est grâce à son imaginaire que Kun grandit et avance dans cette quête de territoire et cette conquête de sa sœur et ses parents. Des parents absents à cause de leurs travails, ou trop débordés aux tâches de la maison. Kun s’évapore pour trouver des réponses et surtout se rassurer. Dans ces moments précis, ce n’est plus forcément Kun, mais Mamoru enfant que l’on retrouve, ce père se retrouvant en ce garçon, dans ses envies d’enfance. On retrouve alors les envolées de Mamoru Hosoda à la manière de La Traversée du temps ou de Summer Wars, dont les formes géométriques servent parfois d’entrée. 

Miraï ma petite sœur est l’essai le plus simple pour Mamoru Hosoda. Le film le plus sincère, celui où il se pose en tant qu’homme, en tant que père servant le metteur en scène à la saveur de ces émotions violentes et douces, deux sensations qui se mêlent dans le rôle de père, celles qui l’incommodent, le perdent, le fait dérailler face à certaines épreuves.
Par cette aventure incroyable, Hosoda arrive aussi et surtout à délivrer un magnifique film d’aventure. Une aventure intérieure, dans la tête même d’un petit garçon de 3ans, d’un petit bonhomme qui perd ses repères et grandit face à l’adversité des premières lueurs du monde qui s’offre à lui. Rare est le fait de se voir partager telle aventure, tel fait au cinéma. De façon aussi évidente, belle et sincère, avec naturel et ingéniosité.
De par sa simplicité et son humilité, Mamoru Hosoda réalise un grand film, celui de la maturité, un film pivot sans conteste dans sa filmographie et sa carrière. Reste à savoir maintenant quel nouveau chemin va-t-il emprunter, ou si le film n’était juste qu’une simple incartade, une volonté de père de transmettre ses émotions, ses peurs et son amour pour ses enfants, sa famille.

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