Peppermint – Rencontre avec Pierre Morel

À l’occasion de la présentation du film Peppermint avec Jennifer Garner en avant-première lors du 44e Festival de Deauville, nous avons profiter de notre présence sur place pour rencontrer le réalisateur du film, Pierre Morel, à qui l’on doit Taken ou Banlieue 13. Peppermint sort en salles le 12 septembre en France.

Comment en êtes-vous venu à ce film  ? C’était pour mieux prolonger les thèmes de Taken sous le prisme d’une mère vengeresse  ?

Je ne compare pas du tout Taken avec celui-ci. Pour le coup, ce sont deux films diamétralement opposés, avec deux moteurs dramatiques totalement différents. Taken et Peppermint ne sont pas des films de revanche pour moi. Taken est un film de sauvetage, car la fille de Bryan Mills n’est pas morte, donc il va la chercher. Pour Peppermint, ce n’est pas la vengeance qui anime le personnage de Jennifer Garner, mais la soif de justice. Ce n’est pas le même moteur. Le principe même de la vengeance est un sentiment négatif qui ne peut être dramatique. La vengeance ne rend pas heureux, ça ne ramène pas les êtres chers. Cette mère cherche plutôt la justice, elle n’est jamais dans une rage vengeresse. D’autant plus qu’elle est trahie par la justice officielle.

La grande thématique, en soit la justice corrompue de Los Angeles, est contre-balancée par cette figure d’ange rédempteur qui vous poursuit depuis pas mal de films. Ce personnage qui souhaite ramener l’ordre coûte que coûte…

Oui, ça me suit et c’est rigolo. C’est surtout parce que je suis moi-même père de famille, donc je me pose des questions à savoir s’il arrivait des choses à mes enfants. Qu’est-ce qu’il me retiendrait ? Que ferais-je ? C’est un vrai problème intrinsèque à soi, dont chacun ne répondra pas de la même façon. C’est ce qu’il fait que tu acceptes la justice des hommes ou pas. Je préfère le faire au cinéma qu’en réalité, appliquer cette violence sous forme d’un film que de le faire en vrai. La justice est un fondement de la démocratie, donc si on commence à faire tout sauter, où va-t-on aller !! C’est surtout une façon de se questionner sur la douleur et y faire face.

Et c’était si important que le personnage soit une mère de famille ordinaire ?

Ça donne une dimension réaliste. On n’a pas tous le passif de Bryan Mills ou de John Rambo. De fait, on s’attache plus rapidement au personnage de Jennifer Garner, North Riley qui perd sa fille et son mari sous les balles d’un gang.

Jennifer Garner se montre investie dans la rôle et vous l’avez souligné en présentant le film tout à l’heure, comment a été le travail avec elle ?

Elle est tombée totalement folle du rôle. Quand on se rencontrait, on ne parlait pas des scènes d’action, pas du tout d’Alias aussi, on parlait surtout d’elle en tant que mère de famille. Car il fallait qu’elle soit crédible en mère avant d’être une héroïne d’action. L’action, c’est facile à faire avec une doublure et on triche. Il faut que ce soit porté par une émotion. Jennifer est parfaite, car c’est une maman, donc tu achètes plus facilement cette histoire, elle est crédible. C’est cela qui nous intéressait à tous les deux. On travaillait principalement sur l’émotion et le drame. C’était le plus important. 
À l’image de Taken, il ne fallait pas prendre une jeune première sans enfants, ni bagages, mais une vraie mère avec une intensité et cette fibre qui lui fait sortir le monstre en elle.

Ce qui vous intéressez dans le traitement du personnage était de choper cette partie sombre que nous avons tous au fond de nous.

Indéniablement. Sous toutes les couches sociales, il y a un monstre qui se cache en nous. Pas forcément négatif dans le sens strict du terme, mais il y a un monstre, un double qui sommeille en chacun de nous, prêt à faire ce que la première entité n’a jamais la moindre seconde. Dans le bien ou le mal, mais en tout cas à se dépasser pour faire des choses bénéfique et/ou dramatique.

C’est ce qui est intéressant dans le film, le passif de cette mère qui a dû mal à joindre les deux bouts, fait des heures en plus pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille…

Oui la vie américaine est compliquée, très dure. L’Amérique moyenne, celle de l’entre-deux, a beaucoup de mal à boucler les fins de mois. On parle toujours des gangs ou des sans-abris, mais la classe moyenne américaine souffre terriblement.

Vous vous appliquez beaucoup à filmer les bas fonds de Los Angeles.

Je ne souhaitais pas du tout faire une carte postale de Los Angeles. La ville n’est pas cela. On voit toujours les bodybuildés, Venise Beach, Hollywood Boulevard, les belles voitures, etc., L.A n’est pas que cela. Il y a des milliers de SDF dans la ville, c’est lourd pour un état soi-disant riche avec un système social démocrate.

Vous n’êtes pas le seul dernièrement à casser cette image idyllique de la Californie. Sous l’ère Trump, le rêve américain s’effrite, s’évanouit ?

Alors que Donald Trump vend le retour du rêve américain. Mais je ne sais pas si je casse cette image. Ce n’est pas tout blanc ou tout noir, c’est juste gris comme partout. Il y a une nuance entre les deux, il ne faut pas montrer juste certains aspects, mais un ensemble. C’est comme montrer Paris avec seulement la Tour Eiffel. On serait loin du compte, il y a La Courneuve, Aubervilliers, Saint-Denis, Pigalle, Montmartre… La ghettoïsation existe partout, sinon on filme Pretty Woman.

Ce qui démontre que rien n’a vraiment changé en 40 ans, Peppermint faisant franchement penser à Un Justicier dans la Ville 2 où Bronson s’enfonce dans les ghettos de L.A.

Oui c’est une référence, plus Michael Winner que Bronson, parce que les deux films ont cette notion de justice, et non de vengeance comme pour le premier film qui se déroule à New-York.

Depuis votre départ vers Hollywood, on vous a prêté pleins de projets, qu’est-ce qui vous a stimulé pour réaliser Peppermint ?

L’histoire, juste l’histoire. Je reçois des dizaines de scénario par jour, on en lit pas mal, mais on retrouve toujours les mêmes traits communs à plein d’autres films, les mêmes prototypes de personnages, les mêmes constructions narratives. Même quand ce n’est pas des Taken-like, faut trouver des trucs accrocheurs. Alors je ne sais pas pourquoi celui-ci, mais quand je l’ai lu, il m’a captivé, j’ai su quoi en faire. C’était quelque chose d’instinctif.

Director Pierre Morel on the set of PEPPERMINT

Justement cette instinctivité, on la ressent au cœur du film, notamment dans sa forme. L’action n’est jamais plombée par le cut du montage, comment avez-vous obtenu cette fluidité qui fait un tel bien à nos yeux ?

En étant précis et chiant lors du tournage. Le travail important de placer ses caméras aux bons endroits pour éviter la triche et de ressentir les coups. Cela évite la multitude de coupes, même s’il y en a énormément sans que cela se ressente. Mais la première chose à faire est de filmer chaque axe et chaque angle pour que cela passe à l’image. De manière a ce que cela soit une scène à part entière du film, et non un instant de triche. On ne tourne pas plus, mais on tourne pour que cela passe à l’écran. C’est un vrai ballet, mais parfois un seul angle va compter au final alors que nous avions multiplié les axes. 
J’ai beaucoup appris avec les Chinois quand j’étais chef opérateur. Notamment quand on a tourné les Transporteur et Danny the dog, avec Corey Yuen et Yuen Woo-ping, qui tournent un coup/un plan. Il faut juste bien placer ton plan.

Comment expliquez-vous, depuis le succès Taken, que le cinéma français n’est pas repris du poil de la bête pour repartir sur des vestiges du divertissement passé ?

Parce que le seul à le faire est Luc Besson. C’est le seul et c’était son idée de retrouver une certaine idée du divertissement français, mais à l’international et les vendre à l’avance.

Propos recueillis à Deauville le 08/09/18.
Un grand merci à Olivia Malka et Zvi David Fajol pour la possibilité de cet entretien.

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