Première Année : Admis au premier tour !

Thomas Lilti scrute la médecine française sous ses moindres coutures. Lui médecin généraliste de métier qui est passé derrière la caméra par passion, au départ via des courts-métrages, puis le long avec Les Yeux Bandés en 2008 avec Jonathan Zaccaï et Guillaume Depardieu.

Le cinéma chez Thomas Lilti est une passion de toujours. Déjà sur les bancs de la FAC de médecine, il imagine ses premières histoires. La révélation viendra alors en 2014 quand les deux métiers se rejoindront pour Hippocrate. Le film de la révélation, Les Yeux Bandés étant sortie assez confidentiellement. Nommé aux Césars du Meilleur Film et Meilleur Scénario Original, Hippocrate permet à Lilti de persévérer pour signer Médecin de Campagne. Une semi-déception en scrutant le métier abandonné de la médecine dans les campagnes.
Il faut avouer que le metteur en scène se sert de la médecine, ce qu’il connaît de mieux, pour analyser la société et ses failles. La médecine peut paraître comme redondante dans son cinéma, mais elle est le socle de toutes les failles de notre pays. Pénurie de médecins en province, pénibilité du travail dans les hôpitaux (Hippocrate) et le système universitaire avec Première Année.

Ce quatrième long-métrage de Thomas Lilti suit Antoine qui entame sa première année  de médecine pour la troisième fois.  Benjamin  arrive directement du lycée, mais il réalise rapidement que cette année ne sera pas une promenade de santé. Dans un environnement compétitif violent, avec des journées de cours ardues et  des nuits dédiées aux révisions plutôt qu’à la fête, les deux étudiants devront s’acharner et trouver un juste équilibre entre les épreuves d’aujourd’hui et les espérances de demain.

Ce qui saute aux yeux dans Première Année est la justesse du propos. Le film n’est en rien autobiographique de la part de Lilti, juste l’imprégnation de ses années d’études au cœur d’un récit brassant joie, amitié, solidarité, jalousie et oppression.
De suite, nous sommes dans le propos avec Antoine qui sait d’avance qu’il n’aura pas sa place en médecine pour la deuxième année consécutive. Il se désiste persistant à réussir. Dès les premières années, les étudiants sont au cœur d’un système concurrentiel stressant et opprimant. Les sifflets fusent à chaque choix enlevant une place en médecine.
La médecine aurait pu être totalement autre chose pour Lilti. Ce n’est pas un film sur les études de médecine qu’il choisit de traiter, mais les études et leurs apprentissages en particulier. Au départ le projet s’appelait Panthéon-Sorbonne. Il mûrit ensuite comme une étude du système éducatif par le prisme de cette première année de médecine.

Antoine et Benjamin seront alors l’accroche pour Lilti de mieux comprendre les dysfonctionnements avec deux entités distinctes : le gamin moyen s’accrochant malgré lui à tout apprendre et un autre, fils de médecin, nonchalant ayant compris les codes du système, comme un ami lui dit au détour d’une séquence assez cocasse. Il a tout compris et il réussira, car il a l’éducation pour. Les autres échoueront inévitablement par manque d’appréciation et de compréhension. Alors Benjamin et Antoine vont devenir amis et s’entraider.

Première Année nous fait pénétrer dans ce chaos que sont les études. Nous les avons forcément tous connus. Un premier pas dans le bal carnivore d’une société concurrentiel et anarchique. Les élèves sont en opposition, classés et en guerre constante telles des bêtes de compétition dans une foire. Lilti voit cette première année de cette façon, et elle commence par ce biais et l’accueil du recteur. Le reste de l’année ne sera qu’une succession oppressive de gavage d’informations à servir sur table lors de concours blancs et d’épreuves dans les grandes halles de Villepinte, à l’image du salon de l’agriculture Porte de Versailles.

Première Année est un nouveau film d’une justesse rare de la part de Thomas Lilti. Il clôt une trilogie involontaire et désordonnée sur la société ( hôpitaux, campagne et éducation) par le prisme de la médecine. Un nouveau film empathique conduit par deux promesses du cinéma français fabuleuses, notamment William Lebghil que l’on redécouvre à chaque nouveau rôle. Le comédien assure un panel de jeu sans fin revêtant à sa mesure chaque possibilité offerte par des propositions de cinémas différentes. Du cinéma populaire au cinéma romantique tout en passant par le cinéma d’auteur, William Lebghil se permet d’être à l’aise partout, mais surtout d’être excellent. À n’en point douter, l’une des plus intéressantes découvertes au cinéma de ses dernières années.

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