Blindspotting : Walking on the line

La compétition au sein du festival de Deauville s’est montrée plus intéressante sur ses derniers jours. Après la belle surprise que fut Thunder Road, Blindspotting s’est découvert avec un enthousiasme certain, le film étant déjà précédé d’une bonne réputation. Blindspotting est un film réalisé entre amis. Carlos Lopez Estrada signe ici son premier long-métrage, mettant en scène un scénario écrit par Daveed Diggs et Rafael Casal qui jouent également les rôles principaux. Les trois hommes, qui se sont rencontrés au sein du Public Theater de New York, ont décidé de se pencher sur l’un des maux les plus tenaces de l’Amérique : son racisme latent.

Le film met en scène Collin, un Noir à qui il reste trois jours de liberté conditionnelle. En attendant ce jour-là, il travaille comme déménageur avec son meilleur ami Miles et ne désespère pas de reconquérir Val, son ex-petite amie. Un soir, Collin assiste à une bavure policière, voyant un jeune Noir se faire abattre par la police. Sous le choc, Collin est de plus en plus assailli par des cauchemars et se remet profondément en question… Alors que l’ouverture du film est placée sous le thème de l’humour, Blindspotting ne tarde pas à bifurquer vers un récit plus sérieux, où la légèreté peut vite se mettre à imploser. A l’instar des meilleurs films de Spike Lee, Blindspotting agit comme une cocotte-minute sous pression, prête à exploser à tout moment. Durant ces trois jours de liberté conditionnelle, tout peut arriver. Miles, ayant acheté un revolver, semble sans cesse prêt à vriller et le racisme latent des gens que Collin croise n’est pas pour améliorer la situation.

Ambitieux, Blindspotting tâche de parler d’une préoccupation au centre du cinéma américain ces derniers temps (à l’instar de Get Out) à savoir ce que cela fait d’être Noir dans l’Amérique d’aujourd’hui ? Le film vise souvent juste, dénonçant la gentrification de certains quartiers (ici à Oakland), se moquant ouvertement des hipsters et mettant en avant l’idée que dès leur plus jeune âge, on apprend aux enfants de couleur à lever les mains en l’air en criant  »Ne tirez pas » dès qu’on commence à les menacer. De ce constat glaçant, Carlos Lopez Estrada signe un film nerveux, toujours prêt à taper là où ça fait mal tout en accusant néanmoins de certains coups de mou. Parfois trop écrit, Blindspotting a quelques problèmes de rythme, inhérents à tout premier long-métrage ayant un minimum d’ambition.

Si le film a suffisamment d’humour et que le cinéaste a suffisamment de talent pour faire passer son message (le climax est étonnant de tension), Blindspotting brasse tout de même quelques thématiques un peu rebattues du cinéma américain indépendant tout en en rappelant néanmoins la nécessité d’en parler. Heureusement, il peut se reposer sur son duo d’acteur, les formidables et parfaitement justes Daveed Diggs et Rafael Casal pour insuffler à son film de l’énergie à l’écran là où il en manque parfois sur le papier. Diggs et Casal, étonnants et impressionnants de charisme, s’imposent d’ores et déjà comme deux talents à suivre que l’on aimerait déjà retrouver dans d’autres films. Nul doute que ça viendra bien assez vite tant Blindspotting, en dépit de ses défauts, se montre être un premier pas dans le cinéma sacrément ambitieux.

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