Thunder Road : Don’t turn me home again, I just can’t face myself alone again.

Jim Cummings s’est fait remarquer via différents courts-métrages entre 2010 et 2016. Dernièrement encore, il réalisait un nouveau court, assez savoureux, It’s All Right, It’s Ok datant de 2018. Mais avant cela, l’acteur/réalisateur/producteur a passé le cap du long-métrage avec l’adaptation éponyme de Thunder Road, court-métrage de 2016. Le film se résume à un monologue d’un flic parlant à l’enterrement de sa mère et qui se laisse déborder par ses émotions. Le film fut primé à Sundance en 2016 pour finalement introduire ce qui sera le premier long-métrage de Jim Cummings.

On retiendra longtemps cette séquence dans l’église. Un enterrement commun à aucun autre, singulier, dramatique et gênant. Nous sommes comme embarrassés devant ce refoulement d’émotions autistiques dont Jim Cummings ne laisse pas la moindre aération. La caméra est braquée sur lui pendant une dizaine de minutes, il s’excuse, pleure puis chante Thunder Road de Bruce Springsteen. Ces dix premières minutes sont l’étalage de tout ce que sera le film, le premier pour Jim Cummings. Un drame ponctué d’une once de comédie qui tombe tel un cheveu dans la soupe.

Jim Cummings nous conte un drame, celui d’un homme qui sent le sol se dérober sous ses pieds après la disparition de sa mère. Il n’a personne sur laquelle se raccrocher. Jimmy est seul, flic divorcé essayant de nouer un lien avec sa fille en rébellion. Il ne reste alors que son coéquipier perdu lui aussi face à cette vie monotone.

Les cadres tiennent les personnages du film. Les cadres familiaux et sociaux pour être plus précis. Jimmy voit celui de la famille se briser en premier, même si les liens avec sa sœur ne sont pas rompus, elle qui a construit sa vie ailleurs. Mais une chose en entraîne forcément une autre. Le cadre social se fêle puis se casse entraînant Jimmy vers une chute vertigineuse. Nous sourions face aux élucubrations de cet homme singulier, naïf et enfantin, nous sommes désemparés face à la tournure de sa vie. Jim Cummings regarde ce personnage sombrant dans la solitude, presque à la rue. Il interprète un homme fragile ne comprenant pas le tournant de sa vie et tombe dans une crise existentielle. Le portrait grave et émouvant d’un homme attachant. Surtout que la perspective que lui offre Jim Cummings est plutôt obscure.

Nous pensions découvrir une comédie singulière teintée d’une fine couche dramatique, nous nous trompions sévèrement. Thunder Road offre le contraire. En soi, un drame dont la singularité et la naïveté du personnage principal permettent de sourire avant de pleurer. Un peu à sa manière finalement, en permanence au cœur d’un film à contre-courant. Nous passons par tous les stades, du rire aux larmes, de l’inconfort à la bonté d’un final tragique, mais heureux. Thunder Road est un film de tout et son contraire, qui joue en permanence avec nos émotions et nos instincts de cinéma pour nous bousculer avec gentillesse. Nous n’avons jamais de branches solides sur lesquelles nous raccrocher. Jim Cummings nous perds pour finalement conclure sur un espoir. Les bords d’un cadre nouveau se dessinent, le temps pour le personnage principal de s’assumer et de prendre la route du tonnerre pour repartir de pleins pieds. Le parcours fut complexe, parfois absurde, mais au fond essentiel. Un peu à l’image de cette expérience de cinéma que nous venons de vivre, 1h30 hors du commun, celui d’un cinéma naissant et diablement prometteur dont nous avons déjà hâte de retrouver.

2 Rétroliens / Pings

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