Profession : Reporter – Test DVD

Quelle belle idée de restaurer ce film de Michelangelo Antonioni. Surement l’un des plus connus et des plus reconnus du cinéaste italien. Avec une prestation mémorable de Jack Nicholson, le film a influencé bon nombre de générations après Antonioni. On y retrouve évidemment les deux parties fascinantes du film. La restauration a réussi à garder l’aspect fluide de la narration et du montage, si bien que le passage du thriller au conte existentialiste est toujours aussi fin.

On retrouve également la particularité de la photographie. Peu de cinéastes ont décidé de ne pas embellir les paysages magnifiques dans lesquels ils ont tourné. La restauration du film rend justice à l’intention d’Antonioni sur les espaces, là où la lisibilité est parfois contrariée, en privilégiant le mouvement des personnages, les plans fixes de l’ambiguïté et le hors-champ. Il y a beaucoup d’imaginaire dans ce film, suggérant l’altérité des identités. Mais ce que filme Antonioni, dans un traitement proche du documentaire, c’est l’errance d’espace en espace. Celle où, avec des cadres presque vides de vie et de corps, sont l’essence de la possession mélancolique de fantômes. Ceux du passé, ceux d’une identité bancale, d’une identité troublée.

Sorti dans un coffret avec Blu-ray, double DVD et un livre de 160 pages, Carlotta prouvent la grande ambition qu’ils ont de faire participer le spectateur à l’exploration d’une œuvre. Avec un livret qui fait le rapport entre le film et l’aventure du désert, avec un visuel proposé par l’artiste illustrateur-graphiste Robert Sammelin, avec un Master Son Restauré qui ravissent les oreilles, ce coffret permet une plongée passionnante au sein d’une œuvre particulière.

Les bonus du DVD 1
bonus : « Antonioni à propos de PROFESSION : REPORTER »
En images d’archives, ce bonus revient sur des paroles d’Antonioni sur son film. Il parle notamment de la couleur, qui selon lui est un gage d’objectivité pour un journaliste. Et comme le cinéaste voit son film comme un documentaire sur son protagoniste (joué par Nicholson), alors il utilise la couleur comme une vision objective de l’environnement dans lequel il se trouve : « c’est la couleur de la réalité ».
Répondant à une question, Antonioni précise qu’il ne sait pas ce qu’est la perfection, qu’il ne la connaît pas. Il estime qu’il est « impossible de faire un film parfait ».
Dans tout ce bonus, nous pouvons trouver des éléments nouveaux pour comprendre le film, ou alors avoir un nouveau regard sur le film. C’est toujours plus fascinant quand un cinéaste parle lui-même de son oeuvre. Cependant, Antonioni prouve quelque chose dans ce bonus : l’interprétation vient du spectateur, un film est surtout un geste personnel d’intérêt (sur un personnage, un récit, etc).

bonus : Cinéma Cinémas, Antonioni la dernière séquence
Narré par le grand André S. Labarthe, ce bonus se déguste comme une bonne masterclass, ou comme un bon débat après projection. Véritable moment d’apprentissage technique de plus de dix minutes sur l’une des dernières séquences, où il y a un plan-séquence, le bonus est idéalement placé après l’interview d’Antonioni. Les explications d’Antonioni n’ont pas besoin de commentaire, ni d’être racontées. Mais que l’on soit cinéphile ou non, critique ou non, théoricien du cinéma ou non, ce bonus permet d’avoir un éclairage sur le mystère du dernier plan-séquence du film. Un bonus qui prouve quelque chose : un grand cinéaste est un cinéaste qui explore la technique pour trouver le meilleur moyen de montrer ce qu’il a en tête.

Les bonus du DVD 2
bonus : « Antonioni vu par Antonioni »
Pendant vingt bonnes minutes, voici une archive où Lino Micciché fait une interview d’Antonioni. Une interviews passionnante, où Antonioni se fait critique de sa propre carrière. Passionnant aussi car cela montre à quel point le cinéaste est touché et marqué par ses propres oeuvres, par ce qu’il a filmé et raconté. Mais aussi, à quel point il est impressionné par l’évolution de sa carrière, à quel point il a changé en même temps qu’elle. Toutefois, ce qui reste le plus beau dans ce bonus, c’est comment le mélange de tout ceci raconte simplement l’homme Antonioni, et comment cela rend ses oeuvres plus personnelles qu’elles n’y paraissent.

bonus : « Mensonge amoureux »
Ceux qui connaissent un peu Antonioni savent de quoi il s’agit. Pour les autres, ce bonus n’est rien de moins qu’un des premiers films du cinéaste. Court-métrage de dix minutes datant de 1949, MENSONGE AMOUREUX est un documentaire qui contient déjà les marques du cinéma d’Antonioni. Un joli petit cadeau de la part de Carlotta, dans un coffret déjà très bien fourni.

bonus : « Michelangelo Antonioni, le regard qui a changé le cinéma »
Ce bonus devient pénible à regarder, tant il dure 1 heure avec la même intention. Un bonus se dessinant comme un grand éloge du cinéaste, mélangeant plusieurs images d’archives. Entre des interviews coupées, des reportages, des extraits filmiques, des captations où le cinéaste est salué, des photographies de tournages (et surement d’autres de repérages), le bonus est un grand foutoir. Davantage un méli-mélo d’idées pour saluer le cinéaste, que pour saluer son geste artistique. Dommage.

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