La vengeance aux deux visages : western unique pour acteur unique

Après le coffret Ultra-collector, véritable perle pour les collectionneurs, Carlotta a sorti de sa manche une nouvelle édition spéciale intitulée Édition Prestige Limitée, accompagnée de nombreux memorabilia inédits tels que des cartes, des photos, des affiches et des documents datant de la sortie du film. Après Cinq et la peau et De Palma, c’est au tour de La vengeance aux deux visages de bénéficier de cette édition, disponible en version limitée en Blu-Ray mais aussi en DVD simple depuis le 11 juillet. Ce film atypique, unique réalisation de Marlon Brando, a longtemps été visible dans une copie très dégradée. Le voilà désormais en version restaurée 4K, version obtenue à partir des négatifs VistaVision d’origine grâce à un travail d’Universal Studios et The Film Foundation en consultation avec Martin Scorsese et Steven Spielberg.

Et la première chose qui frappe devant cette édition, c’est que le travail de restauration est superbe, permettant de redécouvrir la puissance d’un film unique en son genre. Car s’il s’agit là d’un western, Marlon Brando prolonge ici le travail d’Arthur Penn effectué sur Le Gaucher en démystifiant le bandit de l’Ouest, offrant à son film une tournure plus psychologique que spectaculaire, révélant l’humain derrière les actes.

Rio est un bandit ayant longtemps frayé avec Dad Longworth. Ensemble, ils ont dévalisé de nombreuses banques. Mais un jour, leur chance a tourné. Les deux hommes sont piégés par la milice. Dad prend la fuite et abandonne Rio à son sort, s’échappant avec l’argent sans jamais tenir sa promesse de revenir le chercher. Cinq ans plus tard, tout juste évadé de prison, Rio décide de retrouver Dad pour se venger. Celui-ci est devenu shérif d’une petite ville, marié et beau-père d’une très jolie jeune femme. Celle-ci, ainsi que la nature pernicieuse de Dad, vont mettre à mal les plans du sensible Rio…

Un temps confié à Sam Peckinpah pour l’écriture et à Stanley Kubrick pour la réalisation, La vengeance aux deux visages finit par se retrouver entre les mains de Brando. L’acteur, alors au sommet de la gloire, se donne le temps de faire les choses bien, tournant sans cesse, bouffant de la pellicule, rallongeant le temps de tournage et la durée du film (dont un premier montage  durait apparemment plus de quatre heures avant d’être réduit à 2h21). Grand bien lui en a pris tant La vengeance aux deux visages porte en lui la patte de Brando, mélange de sensibilité, de laconisme, de virilité, de masochisme et de violence. Brando, acteur épatant, fait ici montre d’un véritable sens de la mise en scène et du casting, faisant appel à des gueules comme on n’en fait plus (Karl Malden, Ben Johnson, Slim Pickens mais aussi Pina Pellicer qui se suicida à trente ans) pour cette histoire de vengeance atypique où le héros passe énormément de temps à se faire malmener, faisant systématiquement échouer sa quête à chaque occasion.

Déployant un récit presque oedipien où Rio doit tuer le père pour s’émanciper et coucher avec sa fille (ce n’est pas pour rien que le personnage de Malden s’appelle Dad et qu’il passe son temps à appeler Rio ‘’Kid’’), La vengeance aux deux visages montre une fois de plus la dualité de Brando, écorché vif presque enfantin, souvent impuissant, grand sensible incapable d’appliquer l’objectif qu’il s’est fixé à moins d’y être poussé à bout. Grand western unique en son genre, misant sur la beauté de ses décors et sur la psychologie des personnages (Dad, interprété par un Karl Malden impeccable, ne manque pas d’ambiguïté), La vengeance aux deux visages mérite amplement la redécouverte, annonçant d’une certaine manière le revirement du cinéma américain de la fin des années 60 avec un brio incontesté.

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