American Nightmare : God Bless America !

Août 2013, Barack Obama est au cœur de son second mandat à la Maison-Blanche. Sort sur les écrans The Purge, un cauchemar américain proposé par James DeMonaco, une dystopie se reposant fièrement sur une idée racoleuse, mais géniale  : dans un futur proche, les Nouveaux Pères Fondateurs ont instauré une nuit annuelle de purge autorisant les citoyens américains à s’entre-tuer. Un pitch de série B digne des productions italiennes du début des années 80 à l’image des Guerriers du Bronx ou des Warriors réalisé par Walter Hill. 

Au départ, American Nightmare n’est qu’un simple huis clos se reposant sur une famille typiquement américaine vivant dans un cocon résidentiel « desperate housewife » bourgeois. Les sourires sont beaucoup trop blancs pour être sincère, les tenues trop propres et les amabilités bien trop franches pour convaincre. Mais le monde est ce qu’il est. Puis vient la nuit de purge dont le mari, James Sandin (Ethan Hawke), a fait son gagne-pain en vendant des systèmes de protections. Jusque-là tout va bien, la maison est protégée et chacun vaque à ses occupations. Mais dehors est une autre histoire jusqu’à l’arrivée d’un clochard torturé par une bande de jeunes bobos évacuant leurs multiples frustrations sur l’homme. La famille Sandin va recueillir bien malgré elle l’homme et subir les assauts des jeunes souhaitant récupérer leur proie.
Dans ce premier film, l’Amérique est loin, bien trop loin. James DeMonaco se trompe alors de discours, sa vision est biaisée en se focalisant sur l’Amérique consumériste bourgeoise. Dans le premier The Purge (titre US), il regarde l’homme, nous préparant mieux à ce qui va suivre en cas de succès. L’homme sait que son pitch est aguicheur et la formule gagnante. Surtout avec une mise de départ ridicule de la part de Jason Blum, producteur du film, de 3 millions de dollars. Rien que sur le territoire américain, le film récoltera près de 65 millions de dollars, grimpant à près de 90 millions de dollars à l’internationale. La rentabilité est vite assurée. L’opportunité pour James DeMonaco de voir la possibilité d’un deuxième opus moins contraignant en termes de production, le budget étant réévalué quelque peu à la hausse. Suffisamment pour partir en promenade dans les rues de Los Angeles et créer l’anarchie.

Voilà ce qui intéresse James DeMonaco avec ses films, American Nightmare. Dévoiler l’anarchie de l’homme et ses capacités à s’autodétruire dans les règles politiques. Nous voici donc dans les rues en compagnie d’un vigilante sombre devenant rapidement le héros d’un groupe subissant les affres de la purge bien malgré eux. Une voiture en panne ou un gardien sadique pousseront une aventure urbaine chaotique et surprenante par ses multiples références venant pointer l’aura d’un film ne payant pas de mine. Mais James DeMonaco se sert de la franchise du cinéma de Walter Hill et d’une approche sociétale rappelant le cinéma de John Carpenter pour développer les réels thèmes d’un film aux accents bis burnés, mais au fond intelligent.
Les Nouveaux Pères Fondateurs ont créé la purge dans le seul but d’éliminer ce qu’ils considèrent comme de la vermine polluant le pays. Les pauvres et les assistés profitant du système social pour vivre sur le dos de la communauté. Des raids de mercenaires sont organisés dans les logements sociaux pour exterminer tous les locataires. L.A se transforme alors en un bain de sang pendant que notre petit groupe essaie de survivre à une nouvelle bande de dégénérés richissimes organisant une variation des chasses du Comte Zaroff dans une salle de spectacles. 

Les deux premiers films se rejoignent en traitant d’une élite toute puissante ayant la main mise sur une certaine population apeurée et dépourvue de solution pour survivre. Un clochard ou des personnes modestes survivant bien malgré eux en essayant de faire des heures supplémentaires pour payer les médicaments d’un père vieux et malade. Mais les Nouveaux Pères Fondateurs ne voient pas les choses de la même façon lâchant sur les artères de Los Angeles des semi-remorques aux fusils mitrailleurs déchiquetant une population désespérée. Jusqu’au bout, le monde d’en bas se verra persécuté. 

Que faire pour que les choses changent dans ce monde où règne la loi du plus fort et du plus riche ? L’Amérique de la purge de James DeMonaco est devenue ce symbole, ce que l’on craignait depuis longtemps, ce qui est déjà en place en sourdine dans notre monde réel. Mais après le massacre de sa famille par son propre frère lors de son adolescence et devant ses yeux, la sénatrice Charlie Roan s’est fait une promesse d’abolir la purge. Le combat d’une femme face aux Nouveaux Pères Fondateurs peinant à convaincre suite aux divers massacres et manigances dévoilés dans ce troisième opus : Élections.
American Nightmare : Elections sort le 1er juillet 2016 aux États-Unis et le 20 juillet en France. Barack Obama voit son mandat arriver à échéance laissant Hillary Clinton et Donald Trump se combattre pour loger à la Maison-Blanche. Les sondages y envoient gagnante la femme de l’ex-président, Bill Clinton, le remplacer fièrement en étant la première présidente des États-Unis. Trop de confiance peut-être. Même James DeMonaco s’y trompe en calquant le personnage de Charlie Roan sur Hilary Clinton. L’histoire en voudra autrement, et là vire la perspective dystopique de The Purge en une possible réalité palpable. Les républicains reprennent possession de la Maison-Blanche avec l’intronisation de Donald Trump, 45e président des États-Unis. Les Pères Fondateurs ne sont pas loin dans ce schmilblick politique où les citoyens américains avaient voté en masse pour Hillary Clinton. Des questions de calculs, d’états américains ont fait pencher la balance vers ce multimilliardaire arrogant et bête. Enfin pas tant que cela finalement le bougre, en tout cas laisse-t-il si bien paraître. 

L’Amérique cauchemardesque de James DeMonaco est à nos portes avec ce twittos fou ne sachant rien faire d’autre de ses nuits insomniaques. Donald Trump est une variation du Révérend Edwidge Owens, plus charismatique et moins manipulable que le méchant du 3e opus. C’est à ce moment précis que la saga American Nightmare n’agit plus du tout comme un plaisir coupable de cinéma, mais comme une dystopie palpable avec Trump au pouvoir. Avec lui, l’Amérique a les armes dans les mains, le racisme reprend racine dans les terres du sud et les tueries de masse repartent en hausse. Trois attaques dans des lycées américains ces derniers mois, des actes terroristes en hausse et des massacres de masse à l’image des faits s’étant déroulés à Las Vegas l’année dernière. Sous Donald Trump, l’Amérique moderne est redevenue le Far West, toutes les positions de Barack Obama ont été supprimées, laissant les pauvres à leurs galères. Exemple fait de l’Obamacare ayant subi les affres de l’arrivée de Trump au pouvoir qui via un décret le 13 octobre 2017 affaiblira en conséquence l’une des mesures phares de Barack Obama en tant que président. Ce qui débouche alors dans The Purge à l’opus 2 et le sacrifice du père pour ne plus être une charge envers sa fille ou l’assurance de l’épicerie de Joe Dixon, se positionnant alors sur le toit pour protéger une vie de dur labeur dans le 3e long-métrage. 

Sous ses airs grossiers de série B classique hollywoodienne, James DeMonaco a su y planter au cœur de The Purge de jolies graines germant des idées solides. Elles prennent si bien racine que ses idées permettent l’exploitation opportuniste d’une « origin story » pour un quatrième film. James DeMonaco n’est plus derrière la caméra, laissant le travail à Gerard McMurray, mais se charge du scénario et de la production.
American Nightmare 4  : Les Origines se déroule dans un futur proche après l’arrivée des Nouveaux Pères Fondateurs au pouvoir. Le premier décret voté est l’instauration de la fameuse purge qui sera expérimentée dans le quartier de Staten Island, île côtière de New-York. Les logements sociaux dominent les lieux, terreaux parfaits pour une bonne purge. The First Purge (Titre US) est l’explosion de tous les thèmes abordés jusqu’ici par DeMonaco dans sa première trilogie. Mais telle une ligne tracée, ce quatrième opus rejoint remarquablement Elections en positionnant son regard sur la politique et les viles intentions du gouvernement fraîchement élu. Comme une nouvelle réponse face à Donald Trump, le 4e opus sortant en pleine polémique sur le traitement des enfants migrants mexicains. La politique de Trump résonne au cœur de La Purge. Les films sont comme une prémonition que l’on souhaiterait être un brouillard évanescent. On souhaiterait que la blague se finisse rapidement, que ce soit un simple post du Gorafi. Une bonne et simple plaisanterie.

Mais non, Donald Trump est au pouvoir, fait du copinage absurde avec la Corée du Nord et écarte des enfants innocents de leurs parents en les parquant comme des moutons. Nous vivons au cœur d’un grand n’importe quoi, à peine évaporé par le divertissement d’une Coupe du Monde se déroulant en Russie. Au moins pendant ce temps-là, Poutine n’assassine pas ses opposants ou autres espions en applaudissant fièrement les jeux du cirque avec un ballon. 

À bien y regarder de près, nous vivons actuellement au centre d’une purge ne bénéficiant point de 12 heures, mais de 365 jours par an. Les pauvres, les inutiles, le peuple gênant la volonté des puissants à conquérir le monde se font purger doucement et gentiment par des coups bas au quotidien. En France via la politique macronienne hypocrite, en Angleterre, en Italie et partout ailleurs, on se croirait face aux différents méchants que James Bond s’est évertué à affronter au cinéma depuis 1961.
Le monde ne change guère, le cauchemar est international, sous nos yeux obstrués par un égoïsme prégnant et typiquement humain. Nous n’avons pas des fusils mitrailleurs, des hachettes ou des masques, ni la franchise agressive d’un metteur en scène qui a senti le sol se dérober bien avant les autres. Non, nous avons notre égoïsme à bien rentrer dans les cadres et les rangs serrés d’un conformisme ambiant pédant et démagogique. Nous faisons face à l’humain ne souhaitant pas être bousculé, lui qui part à 8h au travail pour rentrer à 18h maximum. Il ne faut pas trop changer sa routine, son petit confort de modeste/bourgeois regardant les autres de ses yeux acérés pour dénicher la meilleure vie de l’autre. Les armes ne sont pas loin, l’envie comme un péché capital pour engloutir la réussite de l’autre, là où toi tu as échoué. Un effet cannibale s’appliquant au cinéma qui dévore la société pour mieux la vomir. Il dévoile alors le piteux état d’un monde se faisant de la bile pour son microcosme et la surenchère de ce qu’il ne possède point encore, malheureux ceux qui se trouveront sur leur route, les Nouveaux Pères Fondateurs d’un monde cancéreux sous assistance respiratoire tenant debout bien malgré tout.

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