Des Spectres hantent l’Europe : L’attente d’une certaine liberté.

Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Où vont-ils ? Il semble qu’ils soient ici depuis toujours. Ils se cachent et, au moment où le danger disparaît, ils réapparaissent comme l’accomplissement d’une prophétie presque oubliée du regard.

Extrait de Lettre de Idomenide Niki Giannari

Des Spectres hantent l’Europe est une « expérience » pour le spectateur. Une expérience, dans le sens que pendant la projection – malgré la monotonie, les répétitions et l’attente – le spectateur change de position et de pensée vis-à-vis de ce qu’il voit, ce qu’il vit. Tout dépend d’où on habite, ce que l’on subit au quotidien, en province ou en banlieue. Le ressenti ne sera pas le même entre Paris, le sud de la France ou Calais. De la même manière, la forme du film, les durées de plans, les couleurs, le montage, tout change graduellement. Des Spectres hantent l’Europe est une expérience de sens moral et de sens culturel. Face au film, on bouge, on change notre conscience morale, notre conscience humaine.

Des Spectres hantent l’Europe est un film spontané. Nous ne le percevons pas de suite, car finalement les plans sont travaillés. Le film peint l’instantané d’un monde en perdition, un décor apocalyptique. Les pieds dans la boue, des fils d’attente, des regards, de l’amusement, de la vie. Une vie à attendre pour survivre. Ces peuples qui convergent vers ce point pour finalement se voir barrer la route vers une idée de la liberté. À Idomeni, en Grèce, les migrants Syriens, Kurdes, Pakistanais, Afghans et autres se retrouvent dans ce camp, mis en attente. Les frontières sont fermées, personnes ne veulent d’eux. La révolte gronde, ils bloquent les rails commerciales qui traversent le camp et la frontière.

Le tournage n’a duré que 2 semaines, mais tout semble long. Pas pour nous, mais pour eux, ceux que la caméra filme l’espérance de la moindre aide. Ils ont une force, celle d’avoir traversé l’Europe pour survivre, celle d’attendre pour vivre. Ils ont ce désir d’avoir des droits, une liberté pour continuer leurs existences. Ils n’ont rien d’autre. Même cela, on ne souhaite pas leur accorder. Que faire alors  ? Ils attendent recroquevillés dans des tentes Quechua, les pieds dans la boue. Les enfants jouent, passent devant la caméra, le sourire sur le visage. Toujours, rien ne les atteint.

Des Spectres hantent l’Europe est un fragment de ce qu’ils se passent là-bas, en Grèce, en Italie et partout ailleurs où les migrants arrivent et sont parqués. Le documentaire est un témoignage silencieux, sans aucun point de vue. Il est une toile de maître pleurant le sort du monde. Une œuvre gothique où les gargouilles du monde moderne se perdent hantant des paysages perdus. Il pleut sur eux à l’image de leurs pleurs à souhaiter la liberté. Le film est d’une tristesse ahurie. En tant que spectateurs, nous ne pouvons rien d’autre que de prendre l’information. Nous subissons le silence de notre gouvernement, des gouvernements qui ne veulent pas recueillir les fantômes de leurs manigances en dehors de nos frontières, de leurs combines à contrôler le monde, ne contrôlant rien du tout au final.

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