Duel au Soleil : Les tout premiers maux de l’Hollywood moderne.

Hollywood, peu de temps après la Grande Guerre. L’Amérique rapatrie ses soldats d’Europe et se forge au début d’une nouvelle guerre s’amorçant quelque temps tard, celle-ci frileuse et oppressante. Le spectacle selon Hollywood a évolué, le film Noir règne sur le box-office et l’envie des studios. Le western est un genre dépassé seulement bon au format sériel de la télévision. David O Selznick est un des pontes de l’Hollywood de l’époque. On lui doit la production et le succès d’Autant en Emporte le vent, son fait de gloire. Le producteur cherche un nouveau coup de tonnerre à coût de dollars. Il est un producteur totalitaire et colérique. L’homme traîne une sacrée réputation, notamment sur la production d’Autant en Emporte le Vent. Peu adepte du genre western (il n’en a jamais produit), il achète tout de même les droits du roman, Duel au Soleil, écrit par Niven Busch en 1944, pour concurrencer la Paramount. Le fameux studio vient en effet d’acheter les droits pour Les Furies du même auteur qui sera produit en 1950.

David O Selznick n’apprécie pas le genre western. Il est un homme raffiné aimant la bonne littérature, les grandes romances de cinéma. Ce qui rejaillit finalement sur le film lui-même. Duel au Soleil empruntera seulement le décorum western pour mieux conter la nature même des personnages principaux. En l’occurrence le destin de Pearl, rôle dévolu à la maîtresse de l’intéressé, Jennifer Jones. Elle est à l’époque une apprentie star sous contrat avec Selznick. Leur liaison n’est qu’officieuse, mais l’homme lui promet une incroyable carrière. Ce qu’il réussira à faire, la dame devenant la nouvelle égérie d’Hollywood.

Duel au Soleil est l’histoire d’une métisse américano-indienne partant vivre chez les McCanless suite à la mort de son père. Les McCanless sont une famille texane riche devant tout à l’autorité du patriarche ancien sénateur de la région. À son arrivée, la jeune femme s’éprend des deux fils de la famille, le droit Jesse, avocat, et le rebelle Lewt, qui deviendra rapidement un hors-la-loi.

Duel au Soleil est une méga-production comme on en connaît aujourd’hui les grandes ficelles. Le film a subi deux ans de tournage harassant sous le contrôle tyrannique de David O Selznick. Constamment insatisfait, le producteur aura raison de King Vidor, réalisateur choisi pour le film, tournant lui-même une grande partie du film. Le tournage est un long calvaire se concluant sur la naissance d’un grand film malade.

À regarder aujourd’hui Duel au Soleil, on y pioche le grand cinéma de l’époque, en technicolor, permettant l’exploitation totale de notre équipement. Carlotta, pour cette sortie en coffret ultra-collector, a mis les petits plats dans les grands rendant comme il se doit hommage au film, à King Vidor et à David O Selznick. L’éditeur a déjà exploité le cinéma de Selznick et sa collaboration avec Alfred Hitchcock pour les besoins de son coffret Collector N°7 regroupant Le Procès Paradine ; Les Enchainés et Rebecca. Si Alfred Hitchcock fut assez tranquille lors de la production des films, King Vidor ne connut pas la même tranquillité. Perpétuellement sur son dos, demandant de refaire inlassablement les plans, Selznick cherchait la perfection. Débouche alors un film imparfait, mais sublime. Un spectacle hypnotique permettant la fascination pour un genre désuet aujourd’hui. Duel au Soleil est un divertissement total voulu pour être une sortie des grands soirs. Prélude, ouverture, fermeture et fin, l’œuvre est produite comme un fabuleux show. Ce qu’il est en quelque sorte. De grands acteurs charismatiques et fascinants (que Gregory Peck est beau), des décors sublimes pour une évasion complète.

On voit venir à cent lieues les ficelles agressives d’un tel spectacle. Nous sommes prêts à combattre puis finalement nous lâchons par dévotion, par passion. Après une première heure fade servant l’élaboration des personnages et la préparation de l’échiquier amoureux, c’est une furieuse tempête de sable qui nous emporte au gré des cavalcades à cheval, des baisers fougueux et des cantonades de Gregory Peck à la tombée de la nuit. Duel au Soleil est une production conjuguant tous les verbes pour atteindre une certaine idée de la perfection. Le spectacle parfait selon David O. Selznick qui cherche à mettre en lumière sa tendre et douce, tout en asservissant Hollywood face à son implacable sens du spectacle et sa machine à succès. Le film est à l’image de son producteur. Un film soigné, trop parfait sous ses grosses coutures pour ne pas cacher certains problèmes. Une œuvre bien trop carrée pour être sincère, mais envoutante par son charme inhérent. Duel au Soleil est un vice de cinéma, de ses œuvres que l’on rechigne à regarder, que l’on aime détester pour finalement reconnaître en permanence la grandeur. La grandeur d’un savoir-faire qui n’a plus sa place dans le cinéma moderne. À savoir la vision unique d’un producteur qui se rêve artiste, d’un homme qui harcèle la vision d’autres (scénaristes, cinéastes) pour mieux s’imposer comme un promoteur génial de revues cinématographiques. Duel au Soleil ne sera jamais un film de King Vidor, mais à jamais une production de David O Selznick.

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