L’île aux chiens : Plus que jamais, pour petits et grands

Mais que se passe-t-il dans la tête de Wes Anderson ? Dandy au visage éternellement jeune, alors qu’il va sur ses 50 ans, il nous offre régulièrement sa livraison ne ressemblant à rien d’autre qu’à elle-même, dont on peut dire dès le premier plan qu’il s’agit bien d’un film de son auteur. Cela peut paraître évident, mais ce n’est pas si courant que ça. Cinéaste chic adoré d’un public quelque peu arty, agaçant pour d’autres car faisant parti d’une bande d’artistes à l’univers ayant fini par paraitre très codifié (Jason Schwartzmann, Roman Coppola …), il n’en demeure pas moins un metteur en scène surdoué, que certains tentent de copier, souvent sans succès. Le cinéma d’animation n’est pas une simple lubie pour lui, car il avait déjà enchanté le public en 2009 avec « Fantastic Mr.Fox », tentative d’animation en stop motion, procédé magique mais demandant une patience et un travail assez déments. On est toujours admiratifs de ces artistes se lançant à corps perdu dans des entreprises démentes, par amour du travail bien fait, en sachant d’avance la dose de perfectionnisme minutieux que cela va demander, et sans aucune garantie que le public sera au rendez-vous. Ce travail artisanal, le cinéaste ne l’a pas abandonné pour son nouveau long qui nous intéresse ici, puisqu’il persiste et signe dans un cinéma hors du temps et de toute mode, toujours tourné en stop motion, et dont il dit qu’il a été particulièrement influencé par le cinéma japonais, dont Akira Kurosawa.

Le film se déroule au Japon (logique), dans un avenir proche, où une grippe canine oblige le gouvernement à prendre des mesures drastiques pour éloigner tous les chiens de la ville, en les parquant sur une île poubelle, où le jeune Atari, 12 ans, va se rendre après avoir volé un avion, afin d’y retrouver son chien fidèle et obéissant, Spots. Il sera aidé sur place par 5 chiens aventureux avec lesquels il découvrira une conspiration …

Vous pensez avoir à faire à un scénario classique, banale fable familiale amusante à l’anthropomorphisme bon enfant ? Comment dire, ce n’est pas tout  à fait ça. Certes, les ingrédients, pris bout à bout, son bel et bien là, mais à la sauce Wes Anderson, c’est-à-dire foisonnante, inventive, regorgeant d’idées visuelles à tel point qu’il est impossible de tout assimiler dès la première vision, scénario ludique partant dans 1001 directions, avec flash backs intempestifs, mais sans jamais perdre le fil narratif qui tient le spectateur attentif et rend les personnages si attachants. Mais cette fois, son univers, paraissant habituellement si charmant dans ses films live, dans lesquels le quotidien semble être passé au coloriage, et où l’insolite des situations donne l’impression de se balader dans un rêve, est beaucoup plus cruel, et, paradoxalement, adulte. Non que les enfants n’aient aucune chance de s’y retrouver, car le scénario d’une liberté folle, peut toucher un peu chaque génération, les adultes pour son allégorie  pas très voilée sur le totalitarisme, et les plus jeunes pour ses personnages canins auxquels ils pourront s’identifier, par leurs caractéristiques si singulières, les rendant irrésistibles. Mine de rien, la technique d’animation utilisée, si elle n’est pas nouvelle, pourra bénéficier au film, pour quiconque serait épuisé de la standardisation imposée par Disney, car de moins en moins de cinéastes osent aujourd’hui se lancer dans pareille entreprise, en sachant le temps que cela prendra, et que cela pourra paraitre dépassé pour le grand public. Un génie comme Henry Selick a du mal à travailler, ce qui est assez symptomatique de l’époque que nous vivons en ce qui concerne le 7ème Art. Le même Selick qui avait d’ailleurs travaillé avec Wes Anderson sur « La vie aquatique » sur les scènes sous marines en animation stop motion.

Quoi qu’il en soit, l’aspect visuel dû à cette sublime technique, revenant aux fondamentaux, donne au film ce cachet si particulier, difficile à décrire avec des mots, tant c’est avant tout une expérience qui se vit, et nul doute que quiconque serait très peu familier avec ce type d’animation,  ressortira de la séance enchanté, avec des étoiles dans les yeux. Magique, formellement abouti au-delà des espérances, nourri de mille nuances photographiques, respectant totalement la culture du Japon, se permettant au passage des trouvailles hilarantes concernant sa gestion de la langue, dispositif fonctionnant parfaitement et sans doute imaginé pour éviter au maximum d’avoir à utiliser les sous titres, sachant que les Américains sont bien connus pour avoir du mal à lire des sous titres.

C’est un sentiment très familier que l’on ressent en pénétrant dans cet univers, car on reconnaît à chaque instant la patte inimitable de son auteur, mais même sans avoir vu le moindre de ses films, la maîtrise absolue dont il fait preuve pour emporter son auditoire dans sa folle histoire, ne souffrant pas du moindre temps mort, accumulant les morceaux de bravoure techniques, avec cette mise en scène là aussi unique, aux compositions symétriques, ne peux qu’emporter une adhésion populaire dans le sens noble du terme, car jamais populiste, ne prenant jamais le spectateur pour un demeuré, mais au contraire comme une entité individuelle capable d’assimiler des thématiques passionnantes mais jamais pompeuses, dans le cadre d’un joyau d’animation accessible pour tous les âges, aux couleurs chatoyantes, drôle et profond, humaniste et inoubliable. Et cela permet à un critique d’ordinaire blasé de se la péter avec des longues phrases interminables, ce qui n’est jamais négligeable. Bref, vous savez ce qu’il vous reste à faire, le 11 avril, votez Wes Anderson, le plus génial des grands enfants cinéastes.

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