Fullmetal Alchemist : J’ai les mêmes à la Japan Expo

La loi fondamentale de l’échange équivalent pas très respectée.

L’été dernier, Netflix nous pondait Death Note, une adaptation live du manga éponyme. Le film avait pas mal fait parler de lui, y compris dans notre propre rédaction. Cette fois, Netflix revient avec une adaptation live du manga Fullmetal Alchemist, sorti le 19 Février 2018 sur la plate-forme de vidéo à la demande et avant ça en décembre 2017 au japon. Chez Close-up on ne peut donc pas s’empêcher de vous dire ce qu’on a pensé du film. Et on n’en retient pas que des bonnes choses.

Le manga d’Hiromu Arakawa qui a été publié entre 2001 et 2010 a remporté un succès populaire et critique. Depuis, elle a aussi su nous offrir le tout aussi bon Silver Spoon. Bref, Hiromu Arakawa et son Fullmetal Alchemist pèsent dans le milieu du manga, autant que Death Note en fait. Donc une adaptation en long métrage allait forcément être très attendue et facilement critiquée à sa sortie. D’autant plus que cette fois, le film était signé par des japonais et que Netflix offre au film une visibilité à échelle mondiale à peine deux mois après sa sortie au Japon. Le plus gros avantage à ça, l’idée ingénieuse de reprendre les comédiens de doublage des séries animées pour reprendre leurs rôles dans le film. On se rendra très vite compte que c’est un gros avantage de retrouver les voix d’Arthur Pestel, Audrey Pic et Martial Le Minoux, qui font tout pour rattraper le jeu des acteurs japonais.

L’histoire d’Edward et Alphonse Elric est maintenant connue d’une très grande majorité d’amateurs de mangas. D’ailleurs, le nom d’Elric on l’entend pas beaucoup dans ce film. Après la mort de leur mère, les jeunes frères Elric décident de la ramener à la vie en utilisant l’alchimie et en accomplissant le tabou absolu, une transmutation humaine. Dans l’opération, Edward se voit privé de son bras droit et de sa jambe gauche, Alphonse quant à lui perd son corps et il n’est plus qu’une âme rattaché à une armure creuse. Ils vont se lancer dans une quête pour percer les secrets de la pierre philosophale qui leur permettra de récupérer leurs corps.

Le film commence difficilement bien avec la mort de la mère de nos héros et on se rend facilement compte que les japonais ont un problème avec leurs jeunes acteurs parce que nos jeunes Ed et Al ne jouent pas, à tel point que ça en devient « malaisant ». On retrouve le même genre de problème chez l’ensemble du cast, un des points noirs de ce film étant le jeu d’acteur. Il est mou ou déplacé la plupart du temps. Les acteurs jouent mal et ça vous sort complètement du film. Mention spéciale à Tsubasa Honda en Winry Rockbell qui vise constamment à côté là où Ryôsuke Yamada en Edward, Natsuna Watanabe en Maria Ross/Envy ou encore Ryûta Satô en Maes Hughes s’approchent parfois d’un jeu correct. Le peu d’émotions qu’arrive à nous arracher le film n’est que le résultat d’un petit coup de coude aux lecteurs « Hé, regarde ! Avoue que cette scène elle te rappelle cette scène du manga. ». Si bien qu’on se pose rapidement la question « Pour qui est fait ce film ?». Si le film est fait pour les fans, c’est raté car il ne propose rien de plus qu’on n’a pas déjà vu en mieux dans le manga ou les séries animées. Tandis que si le film s’adresse aux novices, à ceux qui ne connaissent pas le manga, c’est raté car il est incompréhensible. Le film se repose bien trop sur le manga dont il est adapté. Notamment lorsqu’il est question d’évoquer le climat de guerre civil. Surtout l’allusion à la guerre d’Ishval sans développer plus que ça dans un film où, de toutes façons, le personnage de Scar est inexistant. Là où Death Note bien qu’étant rempli d’incohérences et sans grand respect pour l’œuvre originale avait toutefois proposé quelque chose de nouveau.

On ne peut pas dire que le film ne respecte pas le manga ou l’essence des personnages, Fumihiko Sori et Takeshi Miyamoto respectivement réalisateur et co-scénariste savent très bien ce qu’ils font et ce qu’ils ont dans les mains. On voit ça dès les premières minutes avec les magnifiques rues de Volterra en Italie comme décors de la ville de Reole. Mais encore avec les effets-spéciaux du premier affrontement dans les rues de Volterra. Esthétiquement, on reconnaît très bien l’univers de Fullmetal Alchemist, particulièrement dans le dernier plan du film. Ainsi que dans le design et les costumes des personnages, on sait tout de suite qui est qui. Voire même un peu trop facilement, les costumes sont tellement parfait qu’on se croirait sur une scène cosplay et on tombe rapidement dans le ridicule à trop vouloir singer le style du manga. Les chevelures blondes d’Edward ou Riza Hawkeye font too much, à ce compte là autant caster des occidentaux, surtout quand bizarrement, Winry n’est plus blonde. Est-ce que Tsubasa Honda s’est farouchement opposée à la teinture ou à la perruque pour être la seule exception ? La palme revient au design d’Envy qui marche parfaitement en manga ou animation mais en live, il provoque juste l’hilarité. Mais à côté de ça justement, Tsubasa Honda n’a pas besoin d’être blonde pour jouer Winry et Yo Oizumi n’a pas besoin d’avoir les cheveux courts et blond pour jouer Shô Tucker. Ce qui fait un bon personnage dans une adaptation ce n’est pas d’être une copie carbone du matériau d’origine, c’est d’être bien écrit et bien joué.

Dans ce film, le développement des personnages pèche très largement. C’est le problème à vouloir faire une succession d’événements marquants plutôt qu’un film cohérent. Tout est fait pour utiliser nos souvenirs du Fullmetal Alchemist qu’on connaît déjà donc pourquoi nous montrer un peu plus de Trisha Elric en mère aimante ou même son visage ? – Bon, là d’accord le jeu d’acteur des enfants était insupportable de toute façon. – Pourquoi s’ennuyer à approfondir le lien entre Nina Tucker et Edward quand le lecteur sait pertinemment ce qui va arriver et qu’il les a déjà vu être proches dans le manga ? Finalement, on en revient au même problème, le film ne s’impose pas assez comme entité propre. Et donc pourquoi le spectateur devrait ressentir de l’engouement pour le film quand celui-ci se contente de rappeler les scènes du manga ? Il n’y aucun intérêt artistique à voir une troupe de cosplayers rejouer les scènes du manga.

Pourtant l’histoire du film n’est pas mauvaise, Fumihiko Sori et Takeshi Miyamoto font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont. Faire rentrer un manga aussi riche que Fullmetal Alchemist dans un film de deux bonnes heures était peine perdue. Le film s’en sort avec une fin ouverte et un acte terminé mais avec beaucoup trop d’autres questions sans réponses. On est même déçu qu’il manque la scène de l’enterrement de Hugues remplie d’émotions quand sa mort est un pivot de l’histoire du film.

Fullmetal Alchemist semble oublier qu’il n’est pas FMA : Brotherhood. De la mise en scène jusqu’au montage en passant par le jeu d’acteur, tout évoque un film d’animation. Mais le but n’est pas de faire un film d’animation en prise de vue réelle. Fullmetal Alchemist semble oublier qu’il doit aller plus loin que ça. Finalement, ce film live est un bel hommage au manga d’Hiromu Arakawa et l’histoire n’est pas mauvaise mais la manière de la raconter est dénuée de personnalité. Arrivé au bout, on se rend compte que le film est, lui aussi, dénué de personnalité.

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