Mute : Bêtise Artificielle

Mute

Avec une filmographie imparfaite, inégale mais néanmoins intéressante (Moon, Source Code) Duncan Jones attire l’attention lorsqu’il se lance dans la réalisation d’un film pour Netflix. Mute comme son nom l’indique, nous embarque dans la vie d’un homme muet : Leo. Le bougre, en plus de son handicap, se refuse par principe à utiliser la technologie, il mène bon gré mal gré sa vie de barman, côtoyant la pègre du coin dans une Allemagne futuriste aux néons criards. Cette situation ne l’empêchera pas de filer le « parfait amour » avec Naadirah, avant que cette dernière ne disparaisse mystérieusement. Il se voit alors contraint de mener l’enquête dans un monde qui le dépasse. Un synopsis assez simple qui pourrait tenir la route, s’il y avait au moins une route.

La condition du personnage et ses principes anti-technologie (qu’il va vite transgresser) sont possiblement la seule bonne idée du film. Il découvre son monde, malgré son âge adulte, comme un enfant, ce qui laisserait au spectateur le soin de s’accoutumer à ce monde néo-noir si ce dernier n’était pas artificiel au possible. On place des néons à outrance, quelques costumes chromés, des coupes de cheveux bien carrés etc… tant que « ça fait futuriste », c’est bon. À mi-chemin entre Blade Runner et Le Cinquième Elément, en lorgnant le temps d’une scène vers Ghost in the Shell, on se retrouve pris dans un marasme d’inspirations sans réelle consistance. Rien ne justifie ce melting pot qui est l’un des nombreux témoins d’une écriture paresseuse et facile.

Les personnages, clichés non maîtrisés eux aussi, débitent les répliques habituelles que leur rôle leur impose, le tout accompagné par une absence de conviction totale des acteurs qui les incarnent. Le chef mafieux lance des menaces banales, les clients du bar sont des lourdauds sexistes qui entraîneront des bagarres, Naadirah est une femme fatale d’opérette… La relation des deux amoureux reste le point culminant de cette superficialité ambiante. Leo et Naadirah échangent des répliques d’une mièvrerie si confondante qu’une préado n’oserait même pas les fantasmer, et ce, pendant les vingt premières minutes du film. Vingt minutes qui ne suffisent pas à crédibiliser cette relation pourtant pierre angulaire du récit. Reste Paul Rudd, qui tente de cabotiner dans son rôle de sale type rafraichissant au début, usant à la fin lorsque l’on cherche à trop l’humaniser : une oasis éphémère dans ce désert d’écriture.

Bal de poncifs ressassés, dissonant tout du long (voire cacophonique sur son dernier acte), mélodrame raté, revenge movie bancal, Mute n’a rien pour plaire et ne rassure pas pour le futur des productions Netflix, lorsque l’on voit les dégâts et le succès du récent Bright. Un film qui n’est pas à la hauteur de ses moyens et sur lequel plane une aura d’amateurisme, qui ne ressemble pas à Jones quoi que l’on pense de ses précédentes productions. Le long métrage n’aurait sa place que sur les tréfonds d’un site de téléchargement illégal, au milieu de dtv russes sans envergures. On comble ses lacunes en imitant ses ainés, sans jamais les comprendre et donc justifier ces procédés. On arrive vers le problème classique et symptomatique d’une partie importante de la production mainstream actuelle : on ne sait plus ce que l’on veut nous raconter. Pire ici, on n’a rien à raconter. Coquille vide égarée, Mute fait un amalgame entre la coquetterie et la classe, pour finir par être simplement ridicule.

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  1. Édito – Semaine 20 -

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