Black Panther : Offre-t-il une nouvelle vision du super-héros?

Longtemps teasé, impatiemment attendu, enfin arrivé, Black Panther pointe le bout de son nez. Après un Wonder Woman chez DC qui marque enfin l’apparition sérieuse et indépendante de super-héroïne au cinéma (comprendre par là que Catwoman n’est là que parce qu’elle a été introduite par Batman et que Elektra… bref), Black Panther doit-il signer la venue sur grand écran de super héros noir ou n’est-il qu’un faire valoir des autres super héros pour remplir les quotas raciaux et contenter un public cible? Non parce que ne vous voilez pas la face, les potes d’Iron Man et Captain America ne sont clairement que des assistants de second plan. Ce qui veut dire que les Ents et les ratons laveurs ont eu leur heure de gloire avant eux. Bref, trêve de plaisanterie, le résultat est… convaincant.

Oui, seulement convaincant car il propose quelques pistes intéressantes sans pour autant satisfaire pleinement notre attente. Ryan Coogler commence à être coutumier du fait et après son excellent Fruitvale Station on peut clairement se dire que les bons éléments viennent de lui, mais que sa créativité fut limitée par les instances supérieures. Il faut dire que plusieurs éléments frappent très vite le spectateur lorsque le film commence. En effet il y a dans Black Panther une très nette dualité entre la manière dont l’Histoire (actuelle et passée) a influencé notre vision de la société aujourd’hui et la manière dont l’histoire du film prend le contrepied de tout ça. Au sein de l’univers Marvel, nous vivons dans une sorte de léger futur, avec tout un tas de gadget que les super héros possèdent mais que le grand public ignore. Black Panther suit donc la vie d’une tribu indigène considérée comme faisant partie du tiers monde et étant très pauvre alors qu’en fait, elle possède du Vibranium (météore indestructible s´étant écrasé au Wakanda), qui en fait une civilisation riche, prospère et technologiquement bien plus avancée que le reste du monde (et offrant accessoirement ses pouvoirs à Black Panther). Un peu comme ce qu’on pense aujourd’hui des égyptiens à l’époque. Cependant, ayant au cours des générations vu le monde s’embraser à de multiples reprises, cette tribu préfère utiliser sa technologie pour se rendre invisible de l’humanité et rester en dehors de tout conflit. Jusqu’au jour où leur sécurité se retrouve en péril. Dans un premier temps, l’avancée technologique très importante s’imbrique difficilement dans l’imaginaire du MCU, ça colle pour Thor ou Iron Man qui sont respectivement un Dieu et un multimilliardaire, mais ici c’est une météorite qui s’est écrasée sur Terre il y a longtemps. De quoi s’éloigner du cadre des Avengers même si avec Les Gardiens de la Galaxie, la technologie ne devrait pas nous effrayer. Et dans un second temps, cette roche produit un végétal permettant l’utilisation absolument abusive d’un remède qui influe sur les propriétés super-héroïque de Black Panther. Le fait qu’il soit le seul à en profiter relève d’un aspect théologique, et est l’une des bases scénaristiques de cet épisode, un végétal capable de rendre n’importe quel humain surpuissant doit être utilisé et conservé avec grande précaution, mais ne justifie pas la manière dont sa capacité est régie.

Marvel Studios’ BLACK PANTHER..Black Panther/T’Challa (Chadwick Boseman)..Ph: Film Frame..©Marvel Studios 2018

D’un point de vue purement social, l’histoire est à la fois conventionnelle et brillante. La tribu est scindée en différents groupes, tous ralliés autour de Black Panther, considéré comme leur roi, à l’exception d’un seul groupe refusant de s’y soumettre, mais ne se considérant pas comme leur ennemi pour autant. Par cet artifice, Ryan Coogler met en scène un banal conflit interne, où plusieurs groupes ne peuvent suivre un même leader bien longtemps, tant les objectifs divergent d’un groupe à un autre. Mais en parallèle, en faisant de cette tribu africaine, le centre d’intérêt ultime, le réalisateur montre une autre facette de la prise de pouvoir, à l’opposé de ce que l’Histoire nous a montré avec l’esclavage. En ce sens, le fond est très intéressant car Erik Killmonger (Michael B. Jordan) offre une vision totalement différente et beaucoup plus controversée pour tenter de libérer notre planète du mal, lui qui n’a pas grandi auprès de ses confrères mais dans la pauvreté aux USA. On se retrouve donc avec différentes opinions basées sur une volonté à priori louable, mais poussant les protagonistes à se liguer les uns contre les autres et à se détruire de l’intérieur ne sachant se mettre d’accord sur la façon d’utiliser correctement leur supériorité face au monde. Faut-il l’utiliser pour se protéger de lui? Ou bien il faut s’en servir pour éradiquer le mal et libérer les gens de leur propre oppression? Ou vaut-il mieux créer ses propres règles et agir en conséquence? En des termes généraux, ce sont des questionnements parfaitement classiques et souvent abordés. Mais en inversant les rôles et mettant ce statut à disposition d’une tribu africaine recluse du reste du monde et vivant en totale indépendance de celui-ci et en y ajoutant un élément qui a vécu au sein de ce dernier (Erik Killmonger), les questionnements prennent une toute autre tournure. Alors qu’ils ont la capacité de soumettre l’entièreté de la population à leur service, ils n’en font rien, mais agissent-ils sagement pour autant ? Au travers des multiples personnages et de l’étendue de leur vision du monde, Ryan Coogler interroge sur la légitimité de nos actes face à nos intentions. Black Panther n’est alors plus un simple super-héros qui cherche à faire le bien, ou à pousser les autres dans le droit chemin, ni même un jeune homme aux grands pouvoirs impliquant d’éventuelles grandes responsabilités. Non, il est ici une idéologie à lui tout seul, celle de déterminer la nécessité d’agir ou non, au travers de leur rapport au monde, au travers du personnage d’Erik Killmonger ou encore au travers du personnage de M’Baku.

Marvel Studios’ BLACK PANTHER..Shuri (Letitia Wright)..Ph: Film Frame..©Marvel Studios 2018

Le film aurait nettement gagné en qualité et profondeur s’il n’avait à ce point délaissé certains de ses personnages. Il faut avouer qu’à ce niveau, on est largement servi en terme de diversité de ces derniers. La plupart sont malheureusement sous exploités, mais leur introduction propose un véritable intérêt. Black Panther (Chadwick Boseman) est un personnage très typé, loin des standards du super-héros lambda au début, ce qui le rend profond, il est cependant très simple car il ne fait que vivre avec le passé de ses ancêtres. Il n’a pas encore sa propre personnalité mais celle qu’on lui a instruit. Étant le personnage principal, son évolution est assez claire et se ressent facilement. En revanche son entourage est extrêmement éclectique et c’est certainement ce qui fait la force de ce film Marvel. Chaque protagoniste secondaire de la tribu du Wakanda est unique et intéressant, particulièrement le trio de femme qui accompagne le héros durant tout le film. Composé de sa sœur scientifique savante (Shuri jouée par Letitia Wright), de son amie espionne infiltrée (Nakia jouée par Lupita Nyong’o) ainsi que de la cheffe des combattantes d’élite (Okoye jouée par Danaï Gurira), le trio de personnage se rend aussi intrigant qu’indispensable. Les capacités et talents sont bien répartis pour offrir au super-héros un vrai panel d’aide et en font indépendamment les unes des autres des femmes fortes qui n’agiront pas de la même manière en fonction des événements. Les personnages masculins ne sont pas mis à l’écart pour autant, mais le panel de tous ces protagonistes fait du scénario de Black Panther, un film riche et diversifié, chose assez rare dans les films Marvel centrés sur un seul super-héros. Étrangement, cela rend T’Challa (Black Panther) d’autant plus humain et faillible qu’il ne semble surpuissant et indestructible avec ses pouvoirs et sa tenue.

Le problème vient en fait surtout de Klaue joué par Andy Serkis, qui montre enfin son vrai visage au cinéma (au sens littéral du terme), et de Erik Killmonger joué donc par Michael B. Jordan. Le premier est le méchant durant un bon tiers de l’intrigue du film alors qu’il est parfaitement inutile. En fait, son objectif est inintéressant, on ne croit pas un seul instant à sa quête ni à ses paroles et sa situation ne nous captive à aucun moment. Simplement, c’est un personnage qui manque de crédibilité, de profondeur, auquel on ne s’attache pas et qui ne nous provoque aucun effet en tant que spectateur, malgré le jeu tout à fait correct de l’acteur. D’un autre côté, son impact sur l’intrigue est totalement inexistant, partant de là, lui accorder autant d’importance dans l’histoire est contre-productif. Cela crée des problèmes de rythme, on a le sentiment que le scénario stagne et on perd de l’intérêt pour le film. Le second élément est plus subtil mais peut-être un peu trop subtil. Erik Killmonger possède une personnalité bien à lui, bien trempée, mais son évolution est indépendante des éléments que montrent le film. Ce qu’il se passe, c’est que ce personnage possède un flashback qui permet de comprendre ses motivations mais manque d’un véritable passé pour cerné le trouble qui sommeille en lui. Agissant tantôt avec de bonnes intentions puis succombant à sa colère pour finir par expliquer pourquoi il a agit ainsi, la narration impose au spectateur de changer d’humeur comme de chemise vis à vis de ce personnage. On n’apprend pas à le connaître, on nous oblige à l’accepter (ou non) telles que ses émotions le guident. Cela rend son personnage extrêmement manichéens passant d’un faux méchant à un homme qui succombe basiquement à sa haine pour le faire redevenir humain à la fin, c’est très maladroit. Ce qu’il se produit, c’est que Ryan Coogler compte sur les événements qui se sont déroulés dans la vraie vie entre 1992 et 2017 pour construire la background d’Erik. C’est très ingénieux en un sens, mais aussi très maladroit et risqué car si des afro-américains peuvent très rapidement cerner les changements d’attitude, cela peut s’avérer beaucoup plus compliqué pour des non-américains (afro ou pas) et casse une nouvelle fois le rythme, laissant une horrible impression d’inachevé vis à vis de ce personnage. Ce qui semble assez curieux puisque Michael B. Jordan a joué dans tous les films du réalisateur, on s’attendrait donc à ce qu’il soit le plus développé.

 

Marvel Studios’ BLACK PANTHER..L to R: T’Challa/Black Panther (Chadwick Boseman) and Erik Killmonger (Michael B. Jordan)..Photo: Matt Kennedy..©Marvel Studios 2018

Au final c’est cet élément qui rend le film un peu trop conventionnel par rapport aux autres Marvel. Le spectateur a le sentiment qu’Erik devient méchant car il faut un méchant, sinon le super-héros n’en est plus un. Or c’est précisément cette opposition très fine entre les deux qui les rend si singuliers et attachants. En terme de réalisation par ailleurs, le film s’offre durant une période comme un film d’espionnage infiltration à la James Bond qui n’est pas du meilleur effet. C’est une ambiance qui a du mal à s’adapter à un Marvel tel que celui-ci et participe lourdement à ce manque de rythme durant le premier tiers. En revanche on notera une utilisation de la musique particulièrement bien pensée. En effet, le long métrage est quasiment exclusivement composé de chants tribaux à base de percussion, mais lorsque Erik Killmonger chamboule la vie quotidienne de notre tribu, c’est un rap US qui démarre. Par ailleurs les chorégraphies des combats sont nettement maîtrisées, bien plus qu’un bon nombre des Marvel de ces dernières années, et ce n’est pas sans nous déplaire. En fin de compte, Black Panther apparaît comme un très bon film du MCU malgré certains aspects très classiques. Le jeu d’acteur est excellent et même si on espère toujours plus quand les promesses sont grandes, on ne boudera certainement pas notre plaisir devant cet épisode.

1 Commentaire

  1. Effectivement, je te rejoins concernant les faiblesses du film. Ces maladresses et partis pris critiquable à plus d’un titre font baisser le niveau par ailleurs remarquable du film dans son ensemble. Beaucoup d’aspects de l’histoire sont cousus de fil blanc et manque de subtilité et de surprise. On aurait pu aller plus loin, plus haut, plus fort en ne se laissant pas allé si souvent à la facilité. Néanmoins, ça reste un film superbe et incontournable 🙂

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