Revenge : L’art d’entretenir le cliché

Pour parler de Revenge il faudra d’abord faire un petit écart sur son sous-genre. Souvent dérivé du cinéma d’horreur, Revenge fait ici office d’un Rape and Revenge, à savoir un viol commis sur l’un des protagonistes (souvent une femme) pour ensuite que ce dernier obtienne vengeance. C’est un genre à polémique et souvent contesté qui avait fait beaucoup parler de lui à l’époque de Irréversible en 2002. Logique étant donné qu’il y a cette atteinte physique et morale faite à un personnage et que l’acte est souvent filmé. Mais la question qui se pose c’est surtout pourquoi avoir créé un tel sous-genre qui dévoile littéralement l’intrigue ? Et pourquoi systématiquement vouloir créer tout un tas de sous-genre plus ou moins idiots plutôt que de les mettre dans des genres déjà existant quitte à affiner ses codes. Le spectateur n’est-il pas suffisamment intelligent pour se rendre compte de ce qu’il verra ? De plus, la polémique doit surtout se porter sur les scènes montrées et la manière dont elles le sont, car le reste (l’acte) est dépendant de l’histoire.

Évidemment, avec un tel titre et un tel sous-genre, l’histoire n’est pas bien difficile à deviner. Une nana, assez superficielle au demeurant, se retrouve à passer des vacances dans une villa de rêve avec son amant, loin de toute civilisation. Ils y dorment la nuit et le lendemain, au réveil, la greluche tombe nez à nez en petite culotte face à deux gaillards dans son salon. Les deux hommes s’avèrent être des collègues chasseurs de son amant. Ils s’amusent tous ensemble et la donzelle n’hésite pas à faire valoir ses charmes, ce qui séduira outre mesure l’un des deux compères. Ils dorment tous sur place et le lendemain, lorsque le maître de maison s’absente, l’irréparable est commis par l’homme qui a succombé aux charmes de la jeune femme, laissant celle-ci dans un état bien désastreux. Au retour de l’homme, alors qu’on penserait rapidement qu’il se vengerait lui-même, il n’en est rien et chasse littéralement la femme de chez lui comme un vulgaire rat. C’est à partir de là que la vengeance se met en place et c’est là que le désastre dévoile son jeu.

A vrai dire, à quoi s’attendre d’autre de la part du genre lui-même qu’admirer un film qui délaisse intégralement son scénario au profit d’une prétendue volonté artistique. Difficile de vraiment cerner l’intérêt d’un « rape and revenge » si ce n’est celui de rendre son personnage principal tout puissant et intouchable. L’incroyable destin d’une femme que l’on aurait tenté d’enterrer 6 pieds sous terre car elle n’a pas accepté l’affront qu’on lui a fait ; mais qui parviendrait tout de même à abattre son courroux telle une harpie si déchaînée que les dieux (tous confondus) eux-mêmes craindraient sa vengeance. Divers passages montrent d’ailleurs notre héroïne comme étant une entité mythologique tel un Phénix. Si l’on ne devait se centrer que sur la route qu’elle a suivi, on pourrait convenir d’une magistrale course poursuite, remplie de persévérance et d’obstination. De quoi la présenter comme l’une des plus fortes psychologiquement et physiquement que le cinéma ait connu, une femme, dans un contexte plus abordable, que l’on pourrait qualifier de forte et admirable. Seulement dès le départ, le traitement de son personnage est assez moyen. Elle est montrée comme une femme très superficielle qui ne sait jouer que de son corps pour se faire bien voir et c’est seulement la compassion de ne pas accepter l’immoralité de son sort (et accessoirement la psychologie immonde de ses antagonistes) qui nous pousse à la soutenir. Mais malheureusement pas à éprouver de l’intérêt à suivre son périple et étrangement à peine plus à se satisfaire de sa victoire. En creusant un minimum et avec toutes les tensions qui font rage dans notre société, on ne peut pas ignorer l’opposition flagrante du sexe féminin qui refuse de se plier au sexe masculin, une autre manière de pousser les femmes a se rebeller contre le patriarcat. Faisons fi du manichéisme qui en découle et acceptons à sa juste valeur le message féministe comme il se doit (ce dernier n’étant évidemment pas aussi extrême qu’il pourrait le laisser penser bien que les hommes incarnent clairement ici l’abus et l’oppression d’une société sexiste).  Cela justifierait en temps normal le « Revenge » qui ne s’apparente plus ici uniquement à la quête de l’héroïne mais bel et bien à toutes les femmes qui ont gardé le silence jusqu’à maintenant, leur offrant, au moins par le biais de ce film une forme d’exutoire. Le problème vient là encore de l’image que le film donne à ses protagonistes au départ, ils sont parfaitement inintéressant, antipathique et superficiels, tous autant qu’ils sont. En tant que spectateur on prend toujours partie, et la morale nous pousse évidemment à vouloir soutenir cette femme. Sauf que le film nous pousse à vouloir prendre parti pour des protagonistes inamicaux, que l’on ne souhaite pas apprécier, ce qui fait qu’en fin de compte on ne soutient plus le personnage en question pour ce qu’il subit mais par dépit. Et c’est aussi pour ça qu’on tue aussi rapidement le personnage le moins détestable de l’histoire, pour être sûr que le spectateur se rattache à l’héroïne, tant les 2 protagonistes restants sont viscéralement immondes. En cela, le film échoue son potentiel message féministe.

Les personnages d’une manière générale possèdent une écriture tellement faible et inintéressante que le film peine à accaparer pleinement l’attention du spectateur. Un seul des personnages se démarque du lot, il s’agit du bouffeur de bonbon qui n’a pas pris part au viol, mais s’est écrasé face à son collègue et s’est rendu coupable car « qui ne dit mot consent » comme on dit. On pourrait trouver plein d’autres expressions cela dit mais peu importe. Ce personnage est le seul qui possède une vraie profondeur. On nous dit au début que c’est un chasseur et c’est le seul à avoir agi comme tel. Il attise sa proie, la berne, use sa propre force contre elle-même, use de suffisamment de malice pour avoir systématiquement un coup d’avance. Peu lui importe de savoir si ce qu’il fait est moral ou non, pour lui, la femme est une proie qu’il doit abattre, comme le simple fait de chasser une biche et son faon par exemple, alors il le fait tel un véritable chasseur. Le reste, ce ne sont pas ses oignons. Manque de chance, il meurt vraiment d’une manière ridicule, plus ou moins par avarice de vouloir faire souffrir sa victime ou de ne pas vouloir la tuer sur le champ. Nous laissant désormais avec 2 protagoniste imbéciles dont l’un malheureusement nettement plus que l’autre, empêchant ainsi l’expression « aussi imbécile l’un que l’autre » d’être utilisée. Mais c’est souvent le cas dans ce genre d’histoire, surtout lorsque c’est affilié au film d’horreur, de se débarrasser du plus gênant en premier. En l’occurrence c’était surtout le seul avec un minimum de profondeur. Son collègue direct est si idiot qu’il agit tout au long de l’histoire avec couardise et laisse place à des scènes aussi improbables qu’incohérentes. Le grand méchant quant à lui tient plus de la normalité avec un esprit extrêmement malsain et dérangé. Mais il n’est pas foncièrement idiot ni incompétent, juste tout bonnement banal dans sa psychologie de méchant.

On en arrive enfin au film lui-même. Si certaines sous-catégories du film d’horreur (comme le Slasher et ici le « Rape and Revenge ») délaissent délibérément leur scénario au profit de la mise en scène, des effets gores et de la volonté artistique, il subsiste un défaut manifestement inhérent à ces genres, le cliché. C’est juste dingue que ces derniers (et leurs dérivés) ne parviennent toujours pas à se renouveler après tant d’années, à moins que les réalisateurs/producteurs/distributeurs ne le veuillent pas eux-mêmes, ce qui expliquerait cette banalité devenue presque un code du genre. On pourrait presque faire un listing de toutes les idioties et incohérences que Coralie Fargeat a décidé de mettre en scène et d’incruster dans son film. Parmi les plus gros moments de solitude nous avons le passage où l’héroïne éclate des bouts de verre par terre, bouts de verres visible littéralement comme le nez au milieu de la figure, pour que, comme par hasard, au même moment, l’un de ses traqueurs (oui oui, le plus idiot de tous) utilise une chaussette comme garrot sans remettre sa chaussure le laissant avec un pied nu. Vous imaginez la suite, pas besoin de vous la décrire. La simple idée qu’une telle fumisterie de bas étage puisse fonctionner relève presque de la provocation intellectuelle. Et ne parlons pas de la scène de fin absolument dantesque de ridicule où l’héroïne et son ancien amant, totalement ensanglantés, tournent en rond en se poursuivant dans les couloirs de la villa, n’ayant aucune difficulté à courir sur un sol totalement recouvert de leur sang quand, au bout de 33 tours, ils se rendent subitement compte que « merde mais ça glisse comme du savon le sang en fait ». On croirait voir ce bon vieux Coyote qui parcourt 15 mètres au-dessus de la falaise avant de se souvenir des lois de la gravité.

D’un point de vue purement artistique, cette dernière scène est pourtant agréable, la mise en scène elle-même révèle un suspense jusqu’ici quasiment inexistant et propose une tension palpable. La conclusion ridicule de ce passage ne manque bien entendu pas de tout détruire. Et c’est l’un des éléments les plus problématiques de tous les genres et sous-genre affiliés aux films d’horreur. Dans un but sans cesse plus exacerbé de proposer un visuel de plus en plus tape à l’œil, d’en rajouter, d’essayer d’impressionner sans arrêt le spectateur le plus possible, les cinéastes délaissent totalement l’intégralité des autres aspects qui font une histoire. On se retrouve avec des personnages toujours plus formatés et des histoires désespérément plus extravagantes les unes que les autres sans se soucier ni de la cohérence, ni de la logique des propos. Le résultat est sans appel, ces films se rapprochent chaque fois un peu plus de ce qu’est une immondice.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*