Stronger : Manque pourtant d’ambition.

Entre Traque à Boston sorti l’année dernière et Stronger en ce début d’année, on peut dire que lorsque des attentats frappent les États-Unis, cela les impacte profondément. Cependant David Gordon Green n’y voit pas la même opportunité narrative que Peter Berg pour son film. En effet, plutôt que d’aborder les événements d’un point de vue criminologique et judiciaire, il préfère suivre cette famille profondément meurtrie par l’attentat et l’aborder en tant que véritable drame humain.

Stronger suit donc le personnage de Jeff Bauman qui s’est rendu au marathon de Boston le jour des attentats pour supporter sa petite amie qui courait. L’explosion lui fait perdre l’usage de ses jambes et Jeff se voit confronté à une multitude de changements qui affectent aussi profondément son esprit que l’explosion a affecté son corps.

Le film s’inspire des mémoires du véritable Jeff Bauman et propose un véritable drame humain à grande échelle. Comme tout film dramatique, il n’échappe pas à son aspect larmoyant, très grandiloquent et débordant de leçon de vie. Un côté toujours très agaçant de ce genre de films où le spectateur se retrouve vite tiraillé entre ses véritables sentiments et ceux que la morale lui impose. D’un côté on se dit que ce que vivent certains de ces personnages est si dur et destructeur qu’il faut compatir aussi fort que nous le pouvons, mais de l’autre, aussi tristes que l’événement et ses conséquences soient-ils, cela n’empêche pas le monde de continuer à avancer. C’est certainement là que le film manque le coche qui aurait transcendé l’histoire.

Pour faire simple, Stronger aborde une multitude de pistes différentes concernant l’impact d’une telle tragédie, mais ne sait se résoudre à en exploiter pleinement qu’une petite poignée. Le résultat est très désagréable donnant la sensation de n’explorer que la surface des choses. Il se centre notamment un peu trop sur l’intimité fragile de Jeff, aspect constamment décortiqué à chaque film dramatique. Or, il y a ici tout l’aspect médiatique, où le public s’empare de l’image de Jeff pour en faire un héros. Vient ensuite sa mère qui se plaît à se targuer d’avoir un fils que l’on a placé sur un piédestal. C’est cette énorme dualité entre la modestie du héros, qui explore encore les nouvelles émotions qui le submergent, et la manière dont le monde récupère l’événement avec de plus ou moins bonnes intentions et ne laissent donc pas le temps à la victime de s’adapter et d’encaisser ce changement. Chaque piste lancée par le scénario pour approfondir magistralement la complexité des relations, des émotions et des décisions n’est que rarement exploitée.

Il y a cependant une bonne évolution du scénario et de l’histoire qui permet d’assimiler le temps qui passe et les choses qui changent. Certains passages, encore une fois, manquent de compréhension comme la relation entre la petite-amie et sa « belle-mère » qui peine à trouver son équilibre, ou la longueur que prend la narration vis à vis de la phase de rééducation de Jeff. En parallèle on appréciera cependant de voir à quel point le caractère et la psychologie du héros change et évolue, dévoilant assez clairement la détresse et le chaos dans lesquels il est perdu ainsi que les phases progressives que prend son acceptation du sort qui lui incombe. La première demi-heure du film se passe très exactement à la même temporalité que le film de Peter Berg. David Gordon Green laisse le temps de l’appréciation au héros et son entourage à ses nouvelles habitudes, son adaptation, ses projets etc. C’est de cette façon que l’on voit progressivement comment il combat ses démons au fur et à mesure. Au début il semble conserver le sourire comme s’il ne devait pas flancher à son sort et tout faire pour empêcher sa famille, ses amis et ses proches de s’attrister pour lui. Mais c’est sa force qui le trahira lorsqu’à grande échelle il devient une icône. Plus le temps passe et plus le pire jour de sa vie fait pression sur lui comme un fantôme du passé qui le hante. C’est très intelligent de la part de David Gordon Green d’avoir découpé la narration par phase, comme un puzzle que l’on reconstitue progressivement à mesure que le personnage devient en paix avec chacune de ses pensées. De la même manière qu’il est important de clore son histoire avec le personnage de Carlos, qui vient mettre un point final à la tourmente de notre héros et de laisser ce personnage être la quête inconnue de Jeff.

Point de vue acting en revanche on aura connu Jake Gyllenhaal, ce bon vieux Jake, dans une bien meilleure forme. Il est globalement assez peu convaincant bien que jouer un personnage amputé de ses membres moteurs n’est pas forcément chose aisée. Lui qui sait pourtant y faire avec les rôles dramatiques, on ne le sent pas aussi impliqué et convaincant qu’à son habitude. En revanche Tatiana Maslany réchauffe l’écran quasiment à chacune de ses présences. Un actrice habituellement assez discrète parvient ici à se démarquer aux côtés d’un Jake mollasson.

En fin de compte on pourrait voir Stronger comme une préquelle / suite de Traque à Boston et une variation américaine de Intouchables (le remake est d’ailleurs produit). Le réalisateur offre cependant un bon drame psychologique avec quelques excellentes idées de narration. Ce qui lui fait défaut en revanche est un léger manque de prise de parti qui aurait propulsé cette histoire à un tout autre niveau. Il lui manque de quoi faire de ce drame familial un excellent thriller psychologique. On restera donc sur notre faim, mais on appréciera les aspects médiatiques et publics de la société abordés même s’ils ne sont pas suffisamment approfondis.

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