Le Crime de l’Orient-Express : Adaptation raffinée et flamboyante

On a tous grandi avec les enquêtes d’Hercule Poirot. Que ce soit Le Crime de l’Orient-Express ou Mort sur le Nil, on les a tous découvert avec fascination à la télé, tentant de connaître le nom du coupable avant de se faire envoyer au lit par nos parents. Célèbre, le détective belge a eu sa période de gloire au cinéma et s’était fait plus discret depuis un moment. Le voilà qui refait surface sous la houlette de Kenneth Branagh, le cinéaste nous embarquant à nouveau à bord de l’Orient-Express.

Écrite par Michael Green (Logan, Blade Runner 2049), cette nouvelle adaptation arrive 43 ans après le film de Sidney Lumet, l’une des plus célèbres aventure du détective belge. On peut d’ailleurs se demander quel est l’intérêt de cette nouvelle version et quel plaisir on pourrait en tirer alors que l’on connaît tous l’histoire. Ce à quoi le scénario de Green répond par quelques modifications, au niveau des personnages aussi bien au niveau de quelques événements survenant dans le train. Si l’on peut se permettre d’être dubitatifs sur certains ajouts (notamment deux scènes semblant être uniquement là pour ajouter un peu d’action à l’ensemble), on appréciera cependant l’idée du film de creuser le personnage d’Hercule Poirot.

Presque construit comme un James Bond des années 60, Le Crime de l’Orient-Express commence par la conclusion d’une enquête à Jérusalem, se concentre ensuite sur le crime de l’Orient-Express et se conclut par une invitation vers une autre aventure. Cette ouverture mettant en scène Poirot permet d’établir le personnage : confiant, quasi-obsessionnel et sûr de ses valeurs morales (pour lui il n’y a que le Bien et le Mal, rien au milieu). Le meurtre auquel il aura affaire plus tard (ses raisons et sa résolution) va alors remettre ses notions de morale en question. Alors qu’aucun autre film ne s’était vraiment intéressé à la psychologie profonde de Poirot, Kenneth Branagh prend le parti d’en faire quelqu’un de plus humain dont les convictions, aussi fermes soient-elles, peuvent également être ébranlées.

En cela, Le Crime de l’Orient-Express parvient à se démarquer de ses aînés, apportant une belle réflexion sur le personnage. Branagh, qui a révisé ses Agatha Christie pendant la préparation du film, a bien cerné le personnage. Derrière ses moustaches (plus audacieuses que jamais ici) et son accent très prononcé, Poirot cache une sagacité incroyable et une confiance en soi inébranlable. Si l’on excepte une sorte de romance passée pas forcément bienvenue concernant Poirot, nul doute que cette version du personnage présente un intérêt certain, le rendant toujours aussi brillant mais plus humain.

Pour le reste, c’est vrai que si le film ne sera guère surprenant pour qui connaît le livre ou la version Lumet, il est néanmoins très agréable, nourri par une véritable envie de cinéma. Il faut dire qu’après plusieurs années à avoir réalisé des films à côté de ses pompes (Thor, The Ryan Initiative, Cendrillon), Kenneth Branagh retrouve enfin une certaine flamboyance avec ce Crime de l’Orient-Express, de celle qu’on avait admiré dans Dead Again, Hamlet ou Frankenstein. Il faut dire que le cinéaste est à son aise : un whodunit savoureux, une intrigue policière imaginée par une anglaise, le charme des années 30… Tout est un bon prétexte à réunir un sacré casting autour de lui. Car Branagh, impérial et cabotin en Poirot, a toujours eu l’amour des acteurs et sait s’entourer : Michelle Pfeiffer, Johnny Depp, Judi Dench, Daisy Ridley, Willem Dafoe, Josh Gad, Penélope Cruz, Derek Jacobi… Il tâche d’offrir à chacun des acteurs un rôle intéressant même si la multiplicité des personnages le force à s’attarder sur certains plus que d’autres. Retenons d’ailleurs quelques belles évidences de casting, Michelle Pfeiffer succédant à Lauren Bacall avec classe tandis que Derek Jacobi prenant le rôle auparavant joué par John Gielgud semblait incontournable.

Cinématographiquement inspiré, osant même quelques plans très hitchcockiens, Kenneth Branagh semble à son aise à filmer ce petit monde cacher ses secrets et ses souffrances. Visiblement mué par l’envie de bien faire et par le plaisir qu’il prend à incarner Poirot, le réalisateur baigne son film dans une atmosphère rétro très charmante et certainement moins austère que la version Lumet. Préférant explorer le chagrin de ses personnages et la façon dont ils dissimulent leurs secrets, Branagh reste très classique sur la forme mais renoue avec une certaine tradition de films à l’ancienne, s’autorisant même quelques plans larges exotiques en extérieur, que ce soit à Istanbul ou en pleine montagne.

Certes, ce Crime de l’Orient-Express version 2017 ne contient que peu de surprises mais son approche intéressante et sensible, montrant la gourmandise cinématographique de Kenneth Branagh, marque en tout cas le retour plaisant du réalisateur vers un terrain qui lui convient mieux, celui où il peut nous régaler tout en donnant l’impression d’être lui-même. C’est bien comme ça qu’on l’aime.

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