Ce Qui Nous Lie : Le Péril Familial

Paris, Barcelone, Londres, Saint-Pétersbourg, New York… : Cédric Klapisch est un réalisateur urbain avant d’être celui des personnages. Il aime les villes autant que les personnages fragiles qu’il y intègre avec doigté. Après une pause télévisuelle pour la saison 1 de Dix pour Cent et après avoir retrouvé son personnage fétiche, Xavier, à New-York avec des problèmes de quarantenaire, Cédric Klapisch pose sa caméra en Bourgogne, en plein cœur des vignes pour Ce Qui Nous Lie. Fils de vigneron, Jean a eu envie de prendre le large. Il a pris son baluchon et a parcouru la planète, sans donner de nouvelles à sa sœur Juliette et son frère Jérémie pendant plus de quatre ans. Son père étant tombé gravement malade, le voilà de retour. Si Juliette est contente de le revoir et bien décidée à ne pas le laisser repartir, Jérémie a dû mal à accepter le retour du fils prodigue. Leur père meurt juste avant les vendanges. Pour Jean, c’est l’heure du choix : celui de s’investir ou non dans l’exploitation et surtout renouer les liens entre lui, Juliette et Jérémie…

Pour les besoins de ce nouveau film plutôt attendu, Cédric Klapisch retrouve son compagnon Santiago Amigorena, ami de lycée, avec qui il avait scénarisé Le Péril Jeune en 1994. Si on perçoit dans les grandes largueurs le schéma propre à quelques films déjà produits au cœur des vignes (Tu Seras Mon Fils  ; Premiers Crus), la vigne et le vin bio intéressent moins le réalisateur que les relations humaines. Cédric Klapisch ne cherche pas à emmener le spectateur dans les rangées à la cueillette, ne filme pas le vin avec douceur et nous évite les plans larges envahissants du domaine pendant tout le film. Ce qui intéresse le réalisateur français, ce sont ces trois frères et sœur confrontés à leurs racines, leurs identités et les choix à faire pour sauvegarder une histoire familiale. Suite au décès de leur père, ces trois jeunes gens se font face pour s’émanciper de la charge forte de l’image laissée par leur père. Ils vont devoir faire leurs choix.

Cédric Klapisch casse légèrement les codes en mettant en première ligne Juliette, celle qui va devenir la gérante du domaine. Elle va devoir devenir la patronne, celle respectée par ses paires. On suit son cheminement, l’éclatement de son caractère, l’affranchissement des autres, mais surtout la découverte de son savoir inné.

Chacun va avoir un chemin à traverser dans cette année que suit le film. Entre une vendange, une première récolte, la découverte de ce cru et les problèmes liés à l’héritage, les trois frères et sœur vont se découvrir et enfin devenir adultes.

Jérémie, marié avec Océane, fille d’Anselme, gros propriétaire voisin, va devoir s’affirmer envers sa belle famille, se poser comme un homme face à son beau-père. Ce beau-père de caractère intraitable et fort. Ou cette belle-mère, gentiment interprétée par la solaire Florence Pernel, intrusive, les privant de grasse matinée le dimanche.

Mais finalement le film repose essentiellement sur Jean (Pio Marmaï), un jeune homme fragile revenant d’une échappée vers le monde pour quitter ce domaine envahissant et une relation père/fils complexe. Jean est l’ainé, celui sur lequel le père comptait, peut-être trop. C’en était beaucoup pour Jean qui a préféré partir faire le tour du monde laissant sa sœur et son frère s’occuper du domaine avec leur père. Jean est instable. Il a posé ses valises avec Alicia au cœur d’un domaine en Australie. À l’enterrement de son père, il pose de nouveau ses valises dans ce domaine familial pour ne plus le quitter. Des questions le taraudent, il cherche sa place. Les voyages n’ont fait que de l’éloigner des réponses attendues et d’un dialogue avec son père. De plus, rien ne va plus avec Alicia. Et il rencontre le même genre de problèmes avec son propre fils, Ben.

Cedric Klapisch s’intéresse à tout cela, cette délivrance de jeunes trentenaires perdus face aux responsabilités de la vie. Par Jean, on retrouve un peu du Xavier de la trilogie phare de l’auteur. Personnage malmené, un brin égoïste et gâté recherchant en permanence la déclaration d’amour. Ce sera le salut de Jean, qui se posera enfin en homme sûr délivrant des réponses. 

Ce qui nous Lie est un film s’attachant à des personnages efficacement écrit. Klapisch perd sa douceur, ce qui était déjà le cas dans Ma Part du Gâteau, mais trouve une efficacité, notamment dans le rapport des trois. Le vin, la vigne et la bourgogne ne seront finalement qu’un décorum peu exploité. Le sujet n’était pas là, on le regrette forcément peu. Car Klapisch a réussi ce nouveau tour de force de nous charmer avec ces trois personnages. Le moment est agréable, un divertissement classique, mais solaire dont on ne peut se détacher.

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