Jessie : Menottes et clair de lune

Alors que Ça bat plusieurs records au box-office américain, venant contrebalancer une certaine malchance du côté des adaptations de Stephen King cette année (l’échec de La Tour Sombre, l’annulation de la série The Mist, la série Mr. Mercedes qui passe un peu inaperçue), Netflix a également décidé de se lancer dans le filon juteux des adaptations de King. Alors qu’on attend 1922 avec Thomas Jane en octobre prochain sur la plate-forme, Jessie a débarqué depuis le 29 septembre dans une certaine confidentialité et c’est bien dommage car il vaut le détour.

En effet si toute l’attention est focalisée sur Ça, il ne faudrait pas non plus oublier que Jessie (adapté du roman Gerald’s Game), peut-être même plus que le film d’Andy Muschietti, est fidèle au roman de Stephen King, en respectant son ambiance et ses thématiques. Certes, Mike Flanagan se permet quelques trahisons, notamment au début du récit. Alors que dans le roman, Jessie et son mari Gerald n’en sont pas à leur première relation sexuelle avec des menottes (c’est même devenue monnaie courante dans leur mariage), le film nous montre le couple essayer ça pour la première afin de pimenter leur relation. Autre différence notable ici, Gerald meurt bien d’une crise cardiaque mais sans avoir été violemment frappé par sa femme qui refusait d’aller plus loin. Si l’on veut pousser le bouchon plus loin, on dira que Jessie est seins nus dans le roman et qu’elle a une nuisette dans le film mais bon ne soyons pas trop durs non plus…

Le principe reste donc le même en dépit de changements mineurs : Jessie se retrouve solidement menottée à son lit d’une petite maison isolée près d’un lac avec un mari mort à ses pieds. Difficile pour elle de ne pas perdre la tête notamment quand un chien abandonné fait son entrée, qu’elle souffre de visions et que la seule issue possible semble soit de mourir, soit de s’arracher les mains. Comme dans le bouquin de King, Jessie donne parfois l’impression de faire du remplissage. C’est d’autant plus flagrant dans le film de Mike Flanagan (The Mirror, Ouija : les origines) puisque le réalisateur se sent obligé de matérialiser les voix intérieures de Jessie en la faisant interagir avec une vision de Gerald et une vision d’elle-même. Le procédé est un peu bancal mais fait bien le job, surtout que Flanagan ménage tout de même quelques séquences réussies : un flash-back dérangeant durant une éclipse, une apparition fantomatique, un chien un peu trop gourmand… Le cinéaste récupère les éléments les plus forts du roman pour en faire un film réussi, même s’il est plus illustratif qu’autre chose.

Qu’importe, grâce au talent de Carla Gugino (actrice trop rare) qui trouve ici l’un de ses rôles les plus forts et grâce à la présence de Bruce Greenwood qui voit donc son rôle étoffé par rapport au roman, Jessie est une réussite sur plusieurs points, parvenant à captiver alors que ce n’était pas forcément gagné. Mike Flanagan affine ici sa mise en scène et s’avère pertinent dans ses choix de casting (en donnant le rôle du père de Jessie à Henry Thomas, il s’assure qu’on ne verra plus jamais E.T comme avant), parvenant à créer une ambiance de délicieuse terreur suffisamment forte pour qu’on puisse en oublier des artifices de scénario trop faciles mais en même quasi-inévitables.

2 Rétroliens / Pings

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