La Kermesse des aigles : Du blues dans les cieux

La Kermesse des aigles, réalisé en 1975 par George Roy Hill, est une autre pépite proposée par Elephant Films depuis le 5 septembre dernier. Le film nous plonge dans le monde de l’aviation, s’intéressant à ce qui arrive aux pilotes ayant combattu pendant la première guerre mondiale. Dans les années 20, de nombreux pilotes parcourent les États-Unis avec leur avion en donnant des spectacles aériens et en proposant des baptêmes de l’air aux citoyens de petites villes.

Waldo Pepper (Robert Redford, l’œil qui frise et le sourire charmeur) est l’un de ces pilotes. Se considérant comme l’un des meilleurs dans son domaine, il ne place que le pilote allemand Ernst Kessler devant lui. Frustré d’être resté au sol comme instructeur durant la guerre, il s’est inventé un passé de héros qui se retrouve décrédibilisé lorsqu’il rencontre un autre pilote. Les temps devenant durs, Waldo tâche de se faire une place dans un cirque aérien en pratiquant des cascades de plus en plus dangereuses (monter sur les ailes d’un avion en plein vol, faire des loopings) jusqu’au jour où la perte d’un ami lui fait perdre sa licence. Waldo part alors à Hollywood pour se faire une place en tant que cascadeur et rencontre Ernst Kessler alors qu’un film est tourné sur lui, l’occasion pour les deux pilotes de s’affronter comme Waldo l’a toujours rêvé…

Écrit par l’excellent William Goldman, La Kermesse des aigles porte non seulement la patte de son scénariste (à qui l’on doit également le scénario de Butch Cassidy et le Kid) mais aussi celle de son réalisateur. George Roy Hill, de Butch Cassidy et le Kid en passant par La Castagne, semble s’être fait le spécialiste d’un cinéma d’équilibriste où la légèreté de la première partie de ses récits finit toujours sur quelque chose de plus grave et de plus mélancolique. Car aussi passionnant soit-il, le destin de Waldo Pepper a quelque chose de tragique. Ne sachant que piloter, plus amoureux des cieux que de la femme qui l’aime, Waldo vit dans un monde où les gens finissent par se moquer des acrobaties aériennes tant qu’elles ne sont pas mortellement dangereuses. Après les premiers essais (très drôles) de cascade, le récit finit par laisser place à la mort quand un ami de Waldo finit brûlé, coincé dans la carcasse de son avion. Or, être brûlé, pour un pilote, c’est le pire des cauchemars. Sous une foule ahurie (et responsable de l’incendie), Waldo devra assommer son ami pour lui éviter bien des souffrances…

A partir de ce moment-là, La Kermesse des aigles s’attarde sur des hommes qui ne trouvent plus leur place dans le monde. Recyclés en cascadeurs condamnés à sans cesse se prendre des coups, leur seule façon de continuer à piloter est de travailler pour des films comportant des scènes de combat aérien. L’idée qui vient dynamiser le dernier acte du film est d’ailleurs magnifique : Waldo, qui a toujours fantasmé d’affronter Kessler durant la guerre, va pouvoir le faire à travers un tournage. Le rire des débuts de Waldo dans le métier de l’acrobatie aérienne fait alors place à l’émotion. Il n’y a désormais plus de place pour les pilotes si ce n’est dans les films, un moyen comme un autre de continuer de voler en dépit de toute la fiction que cela implique.

Très beau film, La Kermesse des aigles doit autant au charme de ses interprètes (parmi lesquels on trouve également Margot Kidder, Susan Sarandon, Geoffrey Lewis et même Bo Brundin, dont la ressemblance avec Peter Sarsgaard est étonnante) qu’à la qualité certaine de sa mise en scène. George Roy Hill met en effet l’accent sur les scènes aériennes qu’il filme avec talent, rendant les trucages le moins visible possible. Avec un réalisme étonnant qui donne encore le vertige aujourd’hui, Roy Hill s’applique à nous montrer aussi bien les risques que la beauté de ces acrobaties aériennes qui font rêver tant de personnes mais qui en a tué quelques-unes. Le résultat est étonnant et sacrément spectaculaire, Robert Redford et le ciel se partageant à merveille la vedette.

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