Terminator 2 – Le Jugement Dernier : Le blockbuster ultime !

Début des années 80, James Cameron est un scénariste au chômage en quête du scénario idéal pour payer son loyer. L’homme sort de l’écurie Roger Corman et sa première expérience en termes de réalisation s’est mal passée. Prenant suite au travail de Joe Dante sur Piranha, il finira le montage de Piranha 2 – Les Tueurs Volants clandestinement la nuit en pénétrant illégalement dans les bureaux du studio. Totalement débarqué du film par le producteur grec Ovidio G. Assonitis qui finira lui-même le film, James Cameron garde de l’expérience un mauvais souvenir qui forgera son cinéma et sa carrière.

Terminator est apparu tel un songe à James Cameron alors en Italie pour les besoins de Piranha. De retour en Californie et avec l’aide de Bill Wisher, il posa les grandes lignes du futur film avant de le vendre un dollar symbolique à Gale Ann Hurd, collaboratrice et future épouse du réalisateur américain. Via des connaissances chez Orion Pictures, Terminator se produit en indépendant et se voit distribué par la société comme un vulgaire film d’horreur/fantastique.

Sous des abords de slasher typique de l’époque où le psychopathe est remplacé par un robot tueur froid, Terminator est le succès connu aujourd’hui. Empruntant à différents genres (horreur, science-fiction, action et fantastique), Terminator est un tout permettant à Cameron la malléabilité à orchestrer un film à part entière. L’homme est déjà calculateur et visionnaire. La chance l’aidera à concrétiser ses idées et accrocher le public. Mais hors de question de capitaliser de suite sur une éventuelle séquelle. D’abord, place à d’autres projets tels qu’Aliens et Abyss.

Sept ans plus tard, James Cameron retrouve l’univers apocalyptique de Skynet et ses terminators à la poursuite de la famille Connor. Pour le réalisateur américain, il n’est pas envisageable de se reposer sur ses lauriers. Avec le pont d’or offert par les producteurs de la Carolco pour produire cette suite baptisé Le Jugement Dernier, James Cameron va expérimenter, voire innover la possibilité du spectacle. Terminator 2 va être le premier exemple du « Blockbuster », celui pimentant les étés des Américains et des spectateurs du monde entier. Suivront ensuite Jurassic Park et d’autres productions à grand renfort de dollars et merchandising agissant comme une attraction et un spectacle avant d’être une œuvre de cinéma.

Mais la force de James Cameron est de savoir condenser les deux aspects. Comme Steven Spielberg, Cameron fait de Terminator un spectacle violent et intelligent où chaque détail et fait du film ont une justification et une incidence même sur la suite de l’histoire. Les cadres sont pensés et réfléchis sous leurs moindres aspects permettant aux spectateurs d’être devant une œuvre à part entière appelant le spectacle au cœur du langage cinématographique. Rien n’est laissé au hasard, bien au contraire, ce qui fait de Terminator 2 un grand film 25 ans après sa sortie. Sa foi et son exigence permettent aujourd’hui à James Cameron de revenir sur sa copie pour une nouvelle vie en 3D et Imax. Terminator 2 – Le Jugement Dernier est un produit transmis de génération en génération, un moment de partage obligatoire pour tout bon cinéphile respectable.

Avec Terminator 2, James Cameron réussit un film rassembleur. Un moment spectaculaire de 2 heures mettant tout le monde d’accord ou presque. Le réalisateur réussit ce tour de force, car il invente tout dans le film, mais surtout se réinvente en permanence. Reprenant l’arrivée à Los Angeles du premier film, il assure une première séquence d’action dans le bar avec efficacité et humour. Le second degré est de prime avant la course poursuite massive dans les égouts de Los Angeles. Une course poursuite dantesque camion versus moto, point d’ancrage du film et première rencontre entre John Connor, le T800 et le T1000. Le film est une suite de moments de bravoures ahurissants. À chaque bobine, James Cameron remet en cause son film, sa mythologie et ses personnages pour rendre le long-métrage meilleur encore. La séquence dans les égouts extérieurs de L.A finie, place à la séquence dans l’asile. Suivront les séquences dans les bureaux de Skynet, la course-poursuite sur l’ autoroute et ensuite dans la chaudronnerie. Terminator 2 est un enchaînement de péripéties intenses orchestrées de manières brillantes. Chaque séquence marque l’esprit agissant comme des mini films en eux-mêmes. À revoir T2 encore et encore, on est à se demander comment la barre a pu être mise si haute à l’époque et être encore aujourd’hui infranchissable. À bien réfléchir tout en ôtant les productions renforcées par les effets numériques faciles, peu de films peuvent se permettre de tenir la dragée haute au travail de James Cameron sur T2. Dans la saga même du Terminator, les différents héritiers de Cameron (Jonathan Mostow, McG ou Alan Taylor) ne sauront juste que réemployer ses mêmes tics visuels. Comme si le réalisateur d’Avatar mettait en scène en 1991 le film ultime.

Terminator 2 – Le Jugement Dernier est en quelque sorte un film ultime. Comment faire mieux  ? Le redécouvrir en salles en 2017 nous fait ressortir totalement soufflé par tant d’ingéniosités et de grandeur. Cameron, en dépit des dizaines de visionnages du film, nous souffle encore et toujours. Même en termes d’effets visuels. En 3D en salles à partir du 14 septembre, le long-métrage ne perd aucunement de sa verve visuelle. Tout aussi sublime, les transformations du T-1000, que ce soit à l’asile psychiatrique ou dans le final dans la chaudronnerie, restent transcendantes à chaque moment, comme si le film avait été produit cette même année. Terminator 2 – Le Jugement Dernier est sûrement le seul à agir d’une telle force. On découvre clairement un nouveau film.

Film avant-garde, véritable twister de cinéma, Terminator 2 – Le Jugement Dernier n’est pour autant pas qu’un simple spectacle. Au cœur de tous ces artifices grandioses, James Cameron pense ses personnages. Si dans Terminator premier du nom, chaque personnage était le pion idéal à un produit servant de carte de visite pour le réalisateur, avec T2, il permet l’affranchissement de certains personnages. Si Sarah Connor devient une anarchiste folle armée en guerre contre Skynet, c’est John Connor qui s’émancipe pour être le point central du film. Enfant rebelle et seul face au parcours difficile de sa mère, il est un garçon en quête d’amour et de soutien. Ce n’est pas auprès de parents bovins typiques américains qu’il retrouvera le confort, mais auprès d’un T-800 sous ses ordres envoyé par lui-même 40 ans plus tard. Le robot va agir comme un père de substitution, comme un protecteur armé et dévoué prêt à donner sa vie factice pour un être considéré comme important. John Connor, futur chef rebelle et posture divine de la liberté, n’est qu’un sale gosse pour son entourage. Mais à l’arrivée du robot, il va sentir son importance et s’acheminer vers l’âge adulte. Un parcours complexe, mais important. John Connor le commence même rapidement avec le domptage du T-800 via des valeurs respectables de ne pas tuer inutilement. Remarquablement interprété par le perdu Edward Furlong, John Connor devient les prémices du futur chef appelé à être, ce héros se dressant face aux machines, ce défenseur du peuple, cette icône de la liberté. Il est dommage alors que les suites ne donnent peu d’envergures à ce personnage, enfermées dans les préoccupations des différents producteurs à recopier éternellement le travail de James Cameron. Seul dans le Terminator Renaissance réalisé par McG, on retrouvera cette lueur et enfin une suite digne du personnage et de la vision de Cameron.

Long-métrage cumulant cinéma et spectacle avec brio, Terminator 2 – Le Jugement Dernier est un film ultime devenant une expérience de cinéma via sa ressortie 3D, exclusivement dans les cinémas Pathé. Un film phare, une référence insurmontable du genre à laquelle on cherche encore un héritier. Une bien pâle tâche quant à l’état qualitatif d’un cinéma international en roue libre. Alors Terminator 2 – Le Jugement Dernier s’octroie 25 ans après sa sortie initiale le titre de film de l’année peinant à trouver adversaire à sa taille. Un fait dommageable nous questionnant sur la réelle valeur du 7e art contemporain, notamment en termes de spectacle et d’écriture.

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